‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 30 sur 613 · I.A MIMANSA ET LA SANKVA · texte numérisé non relu

I.A MIMANSA ET LA SANKVA

cose. Les migrations des Ames au travers des diverses régions de la création et aussi des diverses castes, sont proportionnées, dans leur nombre et leur nature, au degré de culpabilité de cliacun.

On le voit, le bralimanisme conduit en définitive à l'ascétisme extrême, poussé jusqu'à la mort. Rion n'était plus logique; car la matière est cette Ma'ia éternelle ou cette éternelle illusion dont il faut incessamment nous défendre. « Bralima, séduit par Maïa qui est son émanation, s'unit à elle dans l'ivresse de la passion, et le monde en sort. Le voile mystérieux qu elle a tissé de ses mains les reçoit tous deux, et la pensée de l'Eternel devient féconde en tombant dans le temps. Mais sa fécondité est en môme temps la cause de cette vie fausse et mauvaise de l'être fini et terrestre '. »

La spéculation si naturelle à l'esprit indien s'empare du principe de cet émanatisme liardi, et en tire les conséquences dans deux directions différentes. La philosophie dite mimansa n'hésite pas à déclarer que la nature n'est qu'une apparence, un mensonge, qu'elle n'est rien et que l'âme seule de l'univers, ou Brahma, existe. Le monde est un rêve de cette âme. L'âme de l'homme ne se croit distincte de l'âme de la nature que par une illusion, et elle doit s'en affranchir en se confondant avec elle. La sankya essaye de reconquérir l'existence individuelle contre la mimansa. D'après ce système, à côté de la nature qui est uno, e.st

1 CpMizor, Irad. Guigiiiaut, t. I, liv. I, ch. V.

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rame qui se fractionne en une multitude d'individualités, et n'existe que dans la multiplicité. Chaque àme individuelle a pour mission de s'aflrancliir des liens du corps, mais elle ne relève d'aucune autorité, car il n'y a pas d'âme universelle du monde , il n'y a pas de Bralima, pas de Dieu, et il faut se soustraire aux prescriptions des prêtres. Les disciples de Kapila, l'auteur de la sankya, aboutissaient ainsi au scepticisme absolu '.

Il était réservé à un système beaucoup moins métaphysique de dégager nettement l'idée fondamentale du brahmanisme, de la séparer de tout élément hétérogène, et de la réaliser dans toutes ses conséquences. Le bouddhisme, dont Tapparition remonte à près de six siècles avant Jésus-Christ, est l'enfant légitime du brahmanisme, son héritier naturel et son vainqueur -. Il est très-difficile de discerner le vrai du faux dans la légende sur Bouddha. 11 est probable que Bouddha fut un adepte des brahmanes, qui, combinant leurs croyances avec les idées métaphysiques de la raimansa et pratiquant l'ascétisme le plus rigoureux, fut conduit peu à peu à la doctrine de l'anéantissement, implicitement renfermée dans la religion de Brahma. Le bouddhisme fut moins une révolution qu'une évolution, et s'il parut subversif de l'ancienne religion, c'est grâce aux persécutions des brahmanes.

D'après la légende, Bouddha, prince issu du sang

1 Dunker, t. Il, p. 166-173.

* Voir sur ce sujet l'admirable Commentaire à l'Histoire du bouddhisme, par Eug. Burnouf. Paris, 1844.

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roval des Cakja, mène la vie brillante d'un prince destiné au trône, jusqu'au jour où, rencontrant sur su route un malade, un vieillard et un cadavre, il est saisi avec une force extraordinaire par la pensée de tous les maux qui ravagent le monde. Pour résoudre cette lugubre énigme du mal, il sort de son palais, il abandonne ses femmes et ses richesses et se voue à l'ascétisme le plus absolu. En vain il interroge les brahmanes ou les sectateurs de la sankya; aucune lumière n'est jetée dans son esprit sur la terrible question qui l'agite. Enfin, exténué par un long jeûne, il reçoit sous un figuier la révélation de la vérité, et il part, sous le costume d'un mendiant misérable, pour la communiquer au monde. Il prend désormais le nom de Cakjamouni, ce qui signifie le solitaire de Cakja. Ses succès sont lents d'abord; mais bientôt il recrute de nombreux disciples. Il vient mourir dans la contrée où il devait occuper un trône, après avoir atteint l'anéantissement par la contemplation.

Quelle que soit la part du fondateur présumé du bouddhisme dans l'élaboration du système qui porte son nom, ce système nous est connu grâce aux nombreux documents accumulés par la science européenne *. On peut le définir d'un mot : C'est le système de l'anéantissement. Quatre principes sont d'abord posés par lui : I" La douleur existe. 2° Elle est le partage de tout ce qui vient au monde. 3" Il faut s'en

1 M. Eug. Burnouf a tiré l'exposition qu'il donne du bouddhisme de manuscrits sanscrits qui contiennent, avec les discours de Bouddha, la discipline et la métaphysique de la secte.

•>h LE DOUDDIIISME ASPIRE A L'ANEANTISSEMENT.

affranchir. 4° On ne le peut que par la science '. Or la science nous apprend que la douleur vient de la sensation, et que la sensation n'est qu'une illusion de l'individu. L'individu lui-même n'a aucune existence réelle, et toutes ses idées comme tous ses sentiments doivent s'abîmer dans le vide. De tout ceci résulte l'anéantissement du monde, qui n'est qu'une grande masse de douleurs '*. Quand on est parvenu à ce vide absolu, à ce (juc le bouddhisme appelle la Nirvana, à. ce quiétisme qui consiste à rejeter toute sensation, toute pensée, toute conscience de soi-même, on peut dire : ' La nuit terrible de l'erreur est dissipée pour mon âme; le soleil de la science a disparu; les portes de la souffrance sont fermées. J'ai atteint l'autre rive, la rive céleste de la Nirvana. Dans cette voie l'océan de pleurs et de sang est mis à sec, et l'armée de la mort est anéantie. Celui qui ne s'est pas laissé détourner de ce chemin échappe au tourbillon de la nouvelle naissance et aux changements du monde. Il peut se vanter d'avoir anéanti pour lui l'existence, d'avoir atteint la liberté et de n'avoir plus à craindre une nouvelle vie \ »

Cette aspiration au vide et au néant, bien qu'exprimée avec une étrange ardeur dans le bouddhisme, était au fond du brahmanisme, qui le premier avait prononcé une sentence de réprobation sur le monde et sur l'existence limitée de l'être fini. A ce point de vue, la ré-

' Burnnuf, Introduction à l'Histoire du bouddhisme, p. 186. « Burnouf, p. 438. — » Burnouf, p 369,265,271, 205, 471.

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