‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 294 sur 613 · PAUL PASSE D'ORIENT EN OCCIDENT · texte numérisé non relu

PAUL PASSE D'ORIENT EN OCCIDENT

de leur cœur, et les souffrances corporelles qui l'accablèrent achevèrent de lui gagner toutes les sympathies. Il fut regardé comme un ange, comme Jésus-Christ luimême, et bientôt l'enthousiasme ne connut plus de bornes. « Je vous rends témoignage, disait l'Apôtre en rappelant cette heureuse époque, que, s'il eût été possible, vous vous fussiez arraché les yeux pour me les donner * . » Mais cette excessive mobilité d'esprit pouvait être facilement retournée contre l'Apôtre, et il devait apprendre bientôt à ses dépens combien ces natures enthousiastes sont mobiles.

La mission de Galatie est comme une transition au voyage de Paul en Europe. Le moment était venu pour lui d'aborder la terre classique de la philosophie et de l'art antique. Pour entrer dans un champ de travail si vaste et si nouveau, un appel direct de Dieu était nécessaire. Il se disposait à poursuivre sa mission en Asie, quand il en fut détourné par une vision bien remarquable. Un homme macédonien se présenta devant lui et le pria, disant : Passe en Macédoine, et viens nous secourir. Cet homme était la personnification de ces puissants peuples occidentaux qui avaient accompli de si grandes choses et remué de si grandes idées dans le domaine de la politique ou de la libre spéculation, et qui, maintenant épuisés et vieillis, rongés de doute au pied de leurs autels décorés par les premiers artistes du monde, tournaient vers TOrieut leirs regards fatigués, et lui demandaient une délivrance qu'ils n'espéraient

' Gai. IV, 15.

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plus d'eux-mêmes. Cette parole : Viens nous secourir^ n'était-elle pas le cri de détresse de la Grèce asservie et déchue, et n'avons-nous pas reconnu que cette supplication désespérée montait de tous les points de l'empire romain? Ce singulier entraînement vers les religions orientales, que nous avons signalé, n'était-il pas comme une prière à l'Orient de venir au secours de rOccideut? C'était donc un moment favorable pour porter l'Evangile en Europe. Le maître du monde à cette époque était ce Claude, jouet de ses femmes et de ses affranchis, qui fit peser sur tout l'empire le joug le plus humiliant, parce que la servitude n'était rachetée par aucun lustre. Il ne donna aucune distraction glorieuse à l'humanité, pas plus par les arts de la paix que par la guerre. Aussi , les historiens du temps signalent-ils l'agitation croissante des esprits, prompts à se jeter dans des voies nouvelles. Le vieux malade se retourne dans son lit avec une fiévreuse inquiétude, et cherche de nouveaux médecins en dehors des religions qu'il connaît'. Mais pour quelques dispositions favorables, que d'obstacles ne devra pas rencontrer la prédication de l'Evangile en Europe! La culture raffinée de l'ancienne Grèce, toujours vouée au culte de la forme et idolâtre de la beauté, dans le langage humain comme dans l'art, la corruption effroyable des mœurs, le despotisme à la fois pol!tif,ue et religieux de Rome qui, avec sa merveilleuse organisation, était en mesure dans chaque ville, petite ou grande, de découvrir et d'entraver

' Tacite, Annalei, XI, 15.

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