PAUL A ATHÈNES
daient à la mort et au jugement de l'âme après la vie terrestre. L'inspiration secrète de ce culte était la vague terreur de l'éternité, et le sentiment de l'insufiSsance d'une religion toute esthétique pour éclairer le sombre séjour de la mort.
Le peuple athénien était plus préoccupé qu'un autre du besoin d'a])aiser les dieux. Pliilostrate met dans la bouche d'Apollonius de Tyane ces paroles : « 11 est sage de dire du bien de tous les dieux, surtout à Athènes '. » Ces dispositions s'étaient accrues à la suite de la décadence profonde dans laquelle était tombé le polythéisme grec. Asservie aux Romains, la brillante cité était à la fois plus frivole et plus dévote que par le passé. La tribune aux harangues était silencieuse; aux grands poètes avaient succédé les froids versificateurs. Platon et Aristote avaient été remplacés par ces philosophies impuissantes que nous avons caractérisées. Tandis que l'épicurien se riait des dieux, le stoïcien proclamait l'inutilité de la métaphysique. Le peuple athénien, sceptique et oisif, errait sur ses places publiques, cherchant à amuser les loisirs de sa servitude, mais tourmenté au fond d'une inquiétude incurable. Le grand Apôtre le trouva dans ces dispositions contradictoires. En parcourant les rues de cette cité magnifique, où les chefs-d'œuvre de l'art païen se rencontraient à chaque pas, son cœur était rempli d'une sainte tristesse, et il brûlait du désir d'annoncer Jésus-Christ à ces pauvres idolâtres. Après avoir prêché l'Evangile dans la syna-
1 Philostrate, VI, 3.