M) PAUL A ÉPHÈSE
fection enthousiaste. Ephèse devint pour Paul le centre principal de >on œuvre apostolique. 11 nuurait pu choisir une ville d'où l'Evangile rayonnât plus facilement sur toute l'Asie. Capitale de l'ancienne lonie, elle avait été le foyer de cette fameuse civilisation ionienne qui, transplantée en Grèce et corrigeant la mollesse orientale par l'énergie morale de l'Occident sans rien perdre de la souplesse d'un esprit facile et brillant, s'était développée a Athènes avec autant d'harmonie que d'éclat. Ephèse, bâtie non loin des côtes de la mer icarienne, entre Smyrne et Milet, avait reproduit davantage le type oriental, mais elle avait aussi subi l'influence de l'Occident, grâce aux communications nombreuses établies par son commerce entre elle et la Grèce. Cependant elle avait conservé avec fidélité le culte des anciennes divinités d'Asie; elle s'était contentée de donner le nom de Diane à l'Artémis ou l'Astarté des religions asiatiques, qui, comme on le sait, reposaient sur l'adoration grossière de la nature et faisaient de la volupté un rite essentiel du culte. Le temple de la Diane d'Ephèse était célèbre dans le monde entier. Brûlé par Erostrate , il avait été rebâti avec plus de magnificence; Pausanias déclare qu'aucun autre temple ne lui était comparable par la grandeur*; la gloire de la Diane d'Ephèse éclipsait toutes les divinités de l'Orient et de l'Occident. A une époque de crise où tous les regards se tournaient vers l'Orient, une divinité qui servait de transition entre les religions occidentales
'jr^tpTiV.i'z:. (Pausanias, p. 141.)
ÉPHÈSE, CENTRE DES UELIGIONS OKIENTAl.ES. 31
et orientales devait acquérir une popularité immense. On prétendait que la statue de la déesse était descendue du ciel; elle était de bois sculpté, roide et disgracieuse comme les momies égyptiennes. Il était d'usage parmi les païens de porter en voyage de petits simulacres de temples qu'ils vénéraient * . Aussi l'industrie des faiseurs de temples sétait développée de plus en plus et rapportait un grand gain aux gens de ce métier. La population d'Ephèse était signalée par son amour des plaisirs : « Toute la ville, dit Philostrate, retentissait du son des flûtes, accompagnant les danses et était remplie d'hommes déguisés en femmes-. » La, corruption des mœurs y avait atteint le dernier degré, Ephèse était comme Corinthe, et plus qu'Antioche, l'une des places publiques du monde païen, où toutes les idées et toutes les sectes se rencontraient et se heurtaient. On y trouvait d'abord une synagogue juive, comme dans toutes les grandes villes. Paul y prêcha pendant trois mois; mais, comme a Corinthe, il rompit ouvertement avec elle, ne voulant pas lutter plus longtemps contre l'endurcissement invincible de l'esprit pharisaïque. Il continua à enseigner l'Evangile dans la maison d'un rhéteur nommé Turannus, qui tenait école a Kphese, et qui avait été sans doute détourné de son art Irivole par la prédication de l'Apôtre. Ainsi le christianisme avait plus de succès dans une école de littérature |)aïenne que dans l'école des docteurs de la loi, et ceux
' « Asclepiades philosophus deae cœlestis argenteum brève figmentum quocumque ibat secum solilus efferrc.» (Ammien Marcellin,XXII, 13.) * PhilosU-ate, Vit. ApolL, IV, 2.