‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 315 sur 613 · ÉPITRE A TITE. 1" EPITRE A TIMOTHEE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A TITE. 1" EPITRE A TIMOTHEE

d'être à la fois livrés a la sensualité et à la duplicité'. Agir à la mode de Crète était une expression proverbiale qui désignait le mensonge ^. Une Eglise fut néanmoins fondée au sein de cette triste population; mais le christianisme devait avoir à lutter plus d'une fois contre les retours de l'esprit national.

De l'ile de Crète, Paul se rendit à Corinthe, où il ne s'arrêta que bien peu de temps. C'est de là qu'il écrivit sa première lettre à Timothée qu'il avait laissé à Ephèse, et qui, jeune et inexpérimenté, se trouvait aux prises avec de dangereuses tendances, premiers symptômes de ces hérésies gnostiques qui devaient s'implanter plus tard sur ce sol labouré en tous sens par les idées religieuses de l'Orient et de l'Occident. Paul revint à Ephèse bientôt après. Il y écrivit sa lettre à Tite, pour guider également son inexpérience dans la conduite d'une Eglise difficile à diriger. Peu de temps après son retour, il envova Timothée en Macédoine, pour y visiter les Eglises, et y provoquer une collecte en faveur des chrétiens de Judée^ Lui-même, sur les graves nouvelles

ï Tile I, 12. — 2 Kpr^SÇ^•.^J.

' 1 Cor. XVI, 10, 11. Nous avons, après un consciencieux examen, admis l'hypothèse de Wieseler (p. 280-329) partagée par M. Reuss. {Gesch. der Heil. Schr. N. T., p. 74-76) sur la date du voyage de saint Paul en Crète, et celle de la première épître à Timothée et de la lettre à Tile. Cette hypothèse n'acquiert quelque degré de certitude que quand on a vidé la question de la prétendue seconde captivité de saint Paul. Nous l'aborderons plus tard. Il nous suffit aujourd'hui d'établir la probabilité de l'ordre des faits tel que nous l'avons présenté. D'abord, il est positif que Paul n'est pas resté constamment à Ephèse pendant deux ans et demi; car nous apprenons par -2 Cor. Xlil, 1, qu'avant d'écrire sa seconde lettre aux Corinthiens, il avait été deux fois à Corinthe. Son premier séjour coïncide avec la fondation de l'Eglise. Son second voyage ne peut être placé que dans l'espace de temps compris entre son arrivée à Ephèse et

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reçues de Corinthe, écrivit une lettre à l'Eglise de cette "Viiio, motivée par les schismes qui y avaient éclaté, par les désordres qui en menaçaient l'existeMce, et aussi par l'apparition de dangercnsfs hérésies, qui allaient jusqu'à nier la résurrection de la chair sous prétexte de spiritualité '.

Cette lettre fut écrite dans les circonstances les plus émouvantes, car Paul à ce moment même était obligé de se cacher pour se dérober à ses ennemis. Il avait pu pendant longtemps travailler sans entrave à la propaga-

son départ de cette ville, car il y fait allusion dans 1 Cor. XVI, 7, et sa première lettre aux Corinthiens a été écrite à Ephèse. Ainsi Paul a voyagé d.ins cet intervalle et voyagé en Europe. Son voyage en Crète à cette époque est donc possible ; si,comiie nous le démontrerons plus tard, en ne peut placer ce voyage à une autre période de sa vie, cette possibiité devient une certitude. Ajoutons que l'épître à Tite renferme plus d'un Indice de la date de sa composition. Il y est parlé d'ApoUos comme d'un compagnon de Paul (Tito, II!, 13), qui s'est joint à Tite. Or, précisément Paul avait fait sa connais.sance personnelle à Corinthe, et plus tard on ne le retrouve plus dans sa société. Le nom de Ty 'hique, qui est un disciple d'Asie Mineure, n'indique-t-il pas que l'Apôire vient de travailler dans cette contrée ? Il reparaît dans la société de l'Apôtre lors de son dernier voyage à Jérusalem (Actes XX, 4). M. Reuss place la composition de l'épître à Tite pendant le court s<^jour de Pau' à Cor-nthe, et Wieseler à son retour à Ephèse. Cette dernière hypothèse nous paraît la plus probable, car daiis la supposition de M. Reuss, la lettre à Tito aurait été écrite trop peu de temps après que Paul eut quitté l'île de Crète. Quant à la première épître à Timothée, la manière dont s'exprime l'Apôtre donne à penser qup^Timothée est encore très-jeune. Nous relèverons plus tard, à propos des héré-^if's des Esrlises du premier siècle, les objections contre l'authenticité des lettres pastorales.

' Cette lettre n'était pas la première d'après 1 Cor. V^ 9, qui suppose une lettre antérieure. Remarquons que ces hérésies, tout à fait semblables à celles qui sont combattues dans les lettres pastorales, sont signalées par Paul dans une lettre dont l'authenticité n'est révoquée en doute par personne. N'y a-t-il pas là une réfutation puissante du système qui prétend que les hérésies mentionnées par les épilres pastorales ne pouvaient exister à cette époque et qui concluent à l'inauthenticité de ceUe.s-ci? N'y a-t-il pas également dans ce fait une confirmation de notre hypothèse sur la date de l'épître à Timoihée et de celle à Tiie.

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