‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 316 sur 613 · EMEUTE D EI'HÈSE CONTRE PAUL · texte numérisé non relu

EMEUTE D EI'HÈSE CONTRE PAUL

tiou de l'Evangile à Ephèse ; soudain la persécution éclata contre lui avec une violence extraordinaire, il rencontra un genre d'opposition qui devait plus d'une fois arrêter momentanément les progrès de l'Eglise et faire couler à flots le sang des chrétiens. La religion nouvelle apportait la perturbation dans les intérêts comme dans les esprits. Le paganisme n'était pas seulement un système de corruption générale, mais encore un système d'universelle exploitation. Les temples des faux dieux avaient une multitude de clients qui vivaient de l'autel et qui spéculaient sur la superstition populaire tout en la partageant. La prédication du vrai Dieu, non plus renfermée dans l'enceinte des synagogues, mais retentissant sur les places jjubliques et gagnant des milliers d'adhérents qui abandonnaient le culte des idoles, devait, par ses succès mêmes, inspirer une vive alarme à tous ceux qui tiraient du culte païen un grand profit. A Ephèse, les prêtres n'étaient pas les seuls dont les intérêts fussent compromis par la prédication de l'Evangile. Il se faisait un commerce considérable des statuettes de la déesse et des reproductions de son temple. Les orfèvres retiraient des sommes énormes de ce trafic; la ville entière était intéressée au culte de Diane; car avec les adorateurs delà fameuse divinité, les richesses affluaient dans ses murs. Rien donc n'était plus facile que de soulever les passions populaires contre l'Apôtre, et l'on peut mesurer le succès de sa mission à la fureur meurtrière de ses ennemis. Un orfèvre nommé Démétrius se fit l'instigateur du soulèvement. Sa violente harangue adressée à ses ouvriers présente

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un singulier mélange de cynisme et de superstition. Il passe sans transition du gain de son métier à la gloire compromise de la Diane d'Ephèse. « Il n'y a pas seulement du danger, dit-il, que notre métier soit décrié, mais il y a même à craindre que le temple de la grande Diane ne soit estimé comme rien et qu'elle ne soit dépouillée de sa majesté, révérée par l'Asie entière *. » Ainsi apparaît à la lumière le véritable fond du fanatisme, toujours guidé par des motifs intéressés. Le voile religieux dont il s'enveloppe trop souvent est déchiré, et c'est à la fois sa croyance et sa richesse que le peuple d'Ephèse prétend défendre. Démétrius réussit à provoquer une formidable émeute. Le peuple se précipite au théâtre acclamant sa divinité favorite avec des cris furieux. Deux des compagnons de Pasil sont entraînés. Le courageux apôtre n'hésite pas. Il veut parler à cette foule qui rugissait dans le cirque comme une bête fauve demandant sa proie. C'est sans doute sous l'inspiration de ces événements qu'il écrivait dans la lettre adr» ssée par lui à cette même époque aux chrétiens de Corinthe: « J'ai combattu contre les bêtes à Ephèse^ » Cette vive

1 Actes XIX, 27.

'\ Cor. XV, 32. Quelques commentateurs ont voulu prendre à la lettre cette expression. Mais Paul, comme citoyen romain, n'eût pu être condamné à ce supplice infamant. Ensuite il n'y pas eu d'autre persécution à Ephèse que celle mentionnée Actes XIX, 24. Puis, comment supposer que quand il rappelle toutes ses souffrances dans la deuxième épître aux Corinthiens (II, 21-28), il passe sous silence un fait aussi grave que d'avoir combattu contre les bétes. Au contraire, si l'on rapporte ces mots de l'Apôtre à l'émeute soulevée par Démétrius, ils ont un sens très-saisissant. Sans doute il n'a pas été lui-même au théâtre; mais n'a-t-il pas entendu les cris de colère de la foule? N'était-il pas directement en cause? Le combat n'était-il pas entre lui et le peuple d'Ephèse, et n'était-ce pas contre lui que celui-ci était exaspéré? Rien n'empêche de placer l'achèvement de

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