PAUL DEVANT FÉLIX
tantôt par les brigands appelés sicaires, tantôt par de faux Messies. Il avait agi avec la plus grande dureté envers les principaux de la nation, à la suite d'une espèce de guerre entre les Juifs et les Syriens *. Un tel homme devait tenir la balance égale entre Paul et ses accusateurs, et leur accorder l'impartialité d'une même inimitié. Il est plus que probable que si l'Apôtre n'eût pu invoquer sou droit de bourgeoisie romaine, il eût été oublié au fond d'un cachot, ou mis à mort comme un obscur séditieux. Mais il n'était pas possible, même à un Félix, de traiter avec cette cruelle insouciance un citoyen romain. Il fut donc obligé d'instruire sa cause. Son antipathie prononcée pour les principaux dignitaires du sanhédrin était une circonstance favorable à l'accusé. Les Juifs le chargèrent avec autant d'animosité que de mauvaise foi. Ils l'accusèrent, par la bouche de leur avocat TertuUus, d'être le chef d'une secte qu'ils représentaient comme un parti politique dangereux, qui fomentait la sédition en Judée et dans le monde entier. Rien n'était plus perfide, car ils savaient bien qu'il n'y avait pas de moyen plus sûr d'irriter le cruel proconsul. Ils parlaient aussi de la profanation de leur temple, pour avoir un prétexte de ramener l'accusé à leur propre juridiction. Paul les réfuta de point en point par un lumineux récit de son dernier voyage à Jérusalem. Félix fut convaincu de son innocence; mais, voulant ménager les Juifs, il commanda qu'on le reconduisît en prison. Il lui lit dès lors subir, à plusieurs reprises,
1 Josèphe, AnL, VIII, 7.