IL EST TRAITÉ SANS HIGUELR
des interrogatoires dérisoires dans lesquels il cherchait bien plus à satisfaire sa curiosité et celle de sa femme Drusille, qu'à lui rendre justice. Repris dans sa conscience par quelques sérieuses paroles de Paul sur le jugement et la résurrection, il le laissa dans son cachot pendant deux ans. Il espérait secrètement que Paul et ses amis finiraient par lui donner une grosse somme d'argent pour sa délivrance.
L'emprisonnement de l'Apôtre, à cette époque, ne fut pas très-rigoureux. Ce n'était pourtant pas l'emprisonnement nominal connu sous le nom decustodia libéra, qui laissait au captif le droit d'habiter la maison d'un consul, d'un préteur ou d'un magistrat. Une telle captivité n'était accordée qu'aux plus illustres accusés, et Paul n'était pas de ce nombre ; nous savons positivement qu'il était confié à la garde des soldats romains. 3Iais il y avait bien des degrés dans la prison militaire, et le magistrat pouvait à son gré en resserrer ou en élargir les liens'. Félix ordonna que Paul fût traité sans rigueur, et put frayer librement avec ses amis -. L'Apôtre reçut ainsi des nouvelles fréquentes des Eglises. Comment supposer qu'il ait gardé un silence complet pendant les deux années qu'il passa à Césarée, à proximité de ces Eglises d'Asie Mineure qui lui étaient si chères, et pour lesquelles il exprimait déjà de si vives inquiétudes aux anciens d'Ephèse? >''avait-il pas signalé à Milet l'invasion de la monstrueuse gnose orientale parmi ces chrétiens, entourés de pièges nombreux, et
* Wieseler, ouvrage cité, p. 380, 381. — « Actes XXIV, 23.
5t ÉPITRES AUX ÉPHÉSIENS, AUX COLOSSIENS, A PHILÉMON.
sur lesquels soufflait le vent de tant de doctrines différentes? Fallait-il attendre plus longtemps pour conjurer ces graves périls? Ces considérations nous paraissent justifier l'hypothèse qui rapporte à la captivité de Césarée les épîtres aux Ejdiésiens et aux Colossiens, et l'épître aux Laodicéens qui a été perdue'. L'épître à Philémon pourrait bien avoir été aussi écrite à cette date. Paul avait rencontré dans sa prison un pauvre esclave fugitif qui appartenait à un chrétien de Colosse. Pénétré de la pensée que devant Jésus-Christ il n'y a plus ni esclave, ni homme libre, il s'était consacré à ce malheureux rebut de la société antique, avec la plus affectueuse sollicitude, et, selon sa belle expression, il avait engendré Onésime à la foi dans sa prison. Il démontrait ainsi, par une preuve de fait, l'égalité inaliénable qui existe entre les chrétiens, et il préparait l'émancipation future de l'esclave en le renvoyant dans la maison d'où il s'était enfui, comme son propre fils en la foi, et, par conséquent, comme le frère de son maître -.
' La plupart des commentateurs placent ces (épîtres plus tard, pendant les premiers temps de la captivité de Paul à Rome.Wieseler s'appuie sur la grande liberté dont il a joui dans sa prison à cette époque . Mais l'emprisonnement de Césarée n'était pas assez rigoureux pour empêcher des communications directes et fréquentes avec les Eglises. (Voir Reuss, Gesc/ik/ite lier H. Schr. N. T., p. 98.
* Il nous paraît, malgré Néander [Pflanz., 1,516), infiniment plus probable qu"Onésime ait fui de Colosse à Césarée que de Colosse à Rome. Le fait que Paul se trouvait le compagnon de captivité d'un esclave montre que sa captivité n'était pas aussi légère qu'elle le fut d'abord à Rome, et nous aurions là une preuve nouvelle en faveur de notre hypothèse. Wiese- 1er (p. 455; cherche à identifier l'épître à Philémon à l'épître aux Laodicéens, dont il est parlé Coloss. IV, 19. Il se fonde sur ce que l'épître à Philémon est aussi adressée à Archippe, qui, dans l'épître aux Colossiens (^V, 17), est désigné comme habitant Laodicée. Mais ce dernier fait ne