‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 334 sur 613 · SA CAPTIVITÉ SE RESSERRE. ÉPITRE AUX PHILIPPIENS · texte numérisé non relu

SA CAPTIVITÉ SE RESSERRE. ÉPITRE AUX PHILIPPIENS

rinstruction ne pouvait se poursuivre qu'après l'arrivée des accusateurs de Paul ; il était nécessaire qu'ils déposassent leur plainte au tribunal impérial. Or, la mer était fermée dans la saison où l'Apôtre arriva à Rome. Son procès ne pouvait donc commencer que quelques mois plus tard.

Les Juifs n'avaient pas intérêt à presser l'instruction; au contraire, ils devaient désirer que la bonne impression produite par les rapports de Festus fût dissipée. Us attendaient quelque circonstance favorable pour agir sur l'empereur. Ils crurent sans doute la trouver dans l'élévation de Poppée au rang d'impératrice, car elle les protégeait ouvertement, et Josèphe affirme qu'elle était prosélyte*. Il était facile d'obtenir son intervention dans une cause qui intéressait si vivement ses protégés. Le sage Burrhus, préfet du prétoire, venait de mourir et avait été remplacé par Fenius Rufus et l'abominable Tigellinus, créature de Poppée^, Paul était dans la dépendance directe des protecteurs naturels de ses ennemis les plus acharnés. 11 avait bien peu d'espoir d'obtenir justice de Néron, à une époque où, selon l'expression de Tacite, le jeune empereur inclinait vers le crime ^. Déjà dans sa lettre aux Philippiens l'Apôtre pressent l'issue tragique de son procès. Il croit encore à la possibilité d'un élargissement, mais la pensée de la mort ne le quitte plus'. Il se prépare à arroser de son sang comme d'une aspersion sacrée l'offrande de la foi des

» 0£O(J£ér,ÇYàp?(V« (Josèphe, Ant,, XX, 8, 11.) — * Wieseler, p. 403 404. — 3 Tacite, Annales, XIV, 5â. — * Philipp. I, 19, 26.

62 IL COMPARAIT DEVANT NÉRON, i." ÉPITRE A TIMOTHÉE.

Eglises'. Mais c'est surtout sa seconde lettre àTimothée qui est remplie de ces pressentiments d'une mort prochaine. Elle est comme le testament de l'Apôtre; l'heure du martyre approche. Déjà la solitude s'est faite autour de lui; il a été abandonné de tous ceux qui ne partagent pas sa foi énergique et désintéressée. Les disciples d'Asie Mineure sont retournés dans leur patrie^. Démas a attristé son cœur par une lâche défection ^ Luc est seul près de lui. Les menées de ses ennemis sont toujours plus actives. Il a dû paraître devant le tribunal de César sans aucune assistance humaine''. Mais sa parole n'en a pas été moins puissante, et il a pu avec l'aide de Dieu confesser l'Evangile à la face de la Rome païenne et de l'empereur.

S'il a échappé à la gueule du lion^, il sait bien qu'il n'y échappera pas une seconde fois, et il adresse à son plus fidèle ami ses derniers avertissements. Les sentiments qui remplissaient son cœur à 3iilet en débordent encore à cette heure. L'hérésie qu'il redoutait a fait irruption dans les Eglises''", de graves périls les menacent du dedans et du dehors. L'Apôtre trace à ceux qui lui survivent la tâche difiScile qu'ils auront à remplir. Il leur annonce des souffrances et des persécutions, et résume dans un mot héroïque la vocation chrétienne, maintenant connue de lui dans toute sa grandeur et avec toutes ses croix : « Si nous mourons avec lui, nous vi-

1 Philipp. II, 17. Voir, pour ce qui concerne la situation morale de l'Apôtre à cette époque, ma traduction du Commentaire pratique de Néander sur Vé pitre aux Plàlippiens, p. 71.

î 2 Tim. I, 15. —3 2 Tim. IV, 10. — *-2Tim. IV, 16.

s 2 Tim. IV, 17. —«2 Tim. II, 17; 111, 15; IV, 3.

LA r ÉPITRE A TIMOTHEE. TESTAMENT DE PAUL. 63

\Tons aussi avec lui. » Qu'a-t-il i(;it autre chose, dans sa longue carrière, que de mourir avec le Christ, que d'achever ses souffrances et de porter ses flétrissures? L'holocauste n'est-il pas déjà tout consumé dans Je feu d'une ardente charité? Le sacrifice dernier est comme offert d'avance par celui qui dit avec une si admirable simplicité : Je vais être immolé et le temps de mon départ approche*. Quand Paul s'écrie en finissant sa lettre : « Au reste, la couroune de justice m'est réservée, « ne la voit on pas déjà briller sur son Iront? Ce prisonnier de Jésus-Christ a pour couronne toutes ces Eglises fondées par lui. Ces souffrances glorieuses qui ont conféré à son témoignage une irrésistible puissance, rappellent les épines qui ont meurtri Je front du Rédempteur. jXéron a bien peu de chose à faire pour achever le martyre de Paul et conférer à son apostolat la consécration à la fois sanglante et suprême. L'Apôtre a achevé sa tâche. « S'étant donné à Dieu, dit Chrysostôme, il a voulu lui apporter en offrande avec lui-même le monde entier. Dans ce but, il a parcouru Ja terre et la mer, la Grèce et les pays barbares, arrachant partout les épines du péché pour semer l'Evangile et transformant les hommes en anges ". » « Qui vocatus a Domino, ajoute saint Jérôme dans son énergique langage, effusus est super faciem universœ terrx^ ! »

Nous aurons à étudier plus tard dans Paul le premier

1 2Tiiri. IV, 6.

* V.r.v?yr^ /.aXw; sauTOV y.aOîepw^c y,û ty;v or/.ou[jivr/; -pozr,- VSYX*- (Chrysost., De laudib, Pauli apost. HomeL L)

' Hieron., t, III, p. 1412. Voir, sur la captivité de Paul, la note A à la fin du volume.

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