PIERRE 3'EFFACE DEVANT PAUL
apocryphes des apôtres ne tarissent pas en détails sur leurs supplices. D'après ces récits légendaires, André aurait été condamné à la crucifixion par le proconsul d'Achaïe, irrité de la conversion de sa femme'; Matthieu aurait été brûlé", Thomas transpercé par des lances^ et Barthélemi décapitée II est impossible de savoir si ces récits ont la moindre base historique. Quoi qu'il en soit, il est certain que les premiers missionnaires chrétiens dans ces contrées lointaines ont succombé au milieu de leurs ennemis, et l'obscurité de leur mort est le meilleur gage de leur fidélité héroïque. « Ces flambeaux du monde, dit éloquemment un théologien distingué, ont disparu de devant nos regards, mais nous voyons le monde éclairé par eux. Ils n'ont point cherché leur gloire, mais Dieu les connaît, et des milliers d'àmes sauvées par leur parole leur doivent l'entrée dans le ciel^. »
Nous avons des renseignements moins vagues sur la vie de saint Pierre depuis le concile de Jérusalem. A partir de ce moment, son rôle est aussi modeste dans l'histoire réelle qu'il est brillant dans la légende. Paul remplit toute la scène. Rien ne prouve mieux combien Pierre a grandi dans l'humilité que de le voir consentir à occuper la seconde place après avoir contribué, plus qu'aucun autre, à poser le fondement de l'Eglise par son énergique initiative. Il est évident qu'il a subi fortement rinflueuce de Paul; sa lettre en est le meilleur garant; à moins d'en contester l'authenticité contre toutes les
' Adaapost., édit. Tischendorf, p. 128. — - ld.,\i. 179.
3 kl., p. 229.— * kl., p. 249.— s Lange, Kirchen Gesc/achte, t. II, p. 403.
PIERRE A BABYLONE. li
preuves internes et externes, on est bien obligé de reconnaître que la bonne harmonie entre les deux apôtres n'est pas une invention de l'auteur des Actes. Toutefois, Pierre, d'après la libre convention arrêtée au concile de Jérusalem, se consacra presque exclusivement .à annoncer l'Evangile à ses compatriotes; il laissa de côté les grandes Eglises fondées par saint Paul en Phrygie et en Asie Mineure', et choisit pour centre d'action une ville, jadis célèbre entre toutes, Babylone, où nous le trouvons peu de tempsavant sa mort^. D'après Josèplie, des milliers de Juifs y avaient émigré^. La colonie juive de la Baby lonie était très-importante, puisque deux places fortes étaient nécessaires pour garder les offrandes destinées au temple de Jérusalem, et que plusieurs milliers d'hommes escortaient jusqu'en Judée cet argent sacré afin qu'il ne fût pas volé par les Parthes^. On voit par ces renseignements de l'historien juif que les synagogues de la Babylonie étaient demeurées étroitement rattachées au centre religieux de leur nation. Après la destruction de Jérusalem, l'école des rabbins de cette contrée acquit une très -grande influence. L'apôtre Pierre y trouvait donc un vaste champ de travail ; il avait là tout un peuple à évangéliser. Les partisans de sa primauté, qui veulent prouver à tout prix qu'il a résidé à Rome pendant la plus grande partie de sa carrière apostolique, prétendent que, lorsqu'il parle dans sa
* La lettre de Pierre adressée à ces Eglises ne prouve pas, comme on l'a prétendu, qu'il les ait dirigées. On n'a qu'à se rappeler combien, à cette époque, le sentiment de la solidarité chrétienne était vif.
2 1 Pierre V, 13. —3 Josèphe, Ant.. XV, iii,l.
* Josèphe, ^r//., XVIII, ix, 1.