‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 34 sur 613 · MODIFICATION DU BRAHMANISME · texte numérisé non relu

MODIFICATION DU BRAHMANISME

ses perst''cuteiirs. Les monastères s'unirent par un lien fédératif; des synodes furent convoqués pour régler la doctrine. On en compte trois : le premier eut lieu peu après la mort de Bouddha, le second cent dix ans après et le troisième quatre cents ans plus tard. Le canon des livres sacrés fut remanié dans ces trois conciles. Nous n'avons que le dernier remaniement *.

En présence de l'invasion formidable du bouddhisme, les brahmanes se virent obli?:és de modifier leur système religieux. Déjà le peuple venait de leur imposer deux nouvelles divinités : c'étaient Siva, le successeur ou l'équivalent de l'antique Indra, le dieu de la foudre et des pluies orageuses, et Vischnou, le dieu du ciel paisible et de la végétation florissante, le père des fleuves, déjà nommé dans le Rig-Véda, adoré au bord du Gange sous l'image d'un lotus. Lis brahmanes placèrent ces deux divinités à côté de Brahma, qui demeura le dieu créateur d'où procèdent toutes les émanations. Vischnou devint le Dieu conservateur, et Sciva le dieu destructeur. Sarasvati, Lakchmi et Bhavani furent introduites dans ce cycle des dieux supérieurs comme leurs épouses. La trinité indienne, ou la Trimurti, fut ainsi constituée. On peut placer l'achèvement de cette évolution mythologique vers l'an 500 avant Jésus-Christ, car il n'y en a pas vestige dans les livres sacrés qui remontent à une date antérieure ^.

Du reste, la trinité indienne ne fut jamais acceptée

* Burnouf, p. 448.

2 Dunker, t. H, p. 234. Encyclopxdie Grubcr, p. 178. Lassen, t. I, p. 783, laisse la question de la date de la Trimurti non résolue.

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généralement; chacune des trois grandes diviiiHés lut lobjet d'un culte spécial, et ainsi se formèrent trois sectes rivales. Le sivaisme rappelle l'ancienne religion de la nature et le dualisme grossier de la Pliénicie; les sectateurs exclusifs de ]}ralinia prétendaient (pie leur dieu, en tant que dieu créateur, est un dieu décliu qui a besoin d'expier sa diffusion dans la matière par des incarnations successives. Mais la plus importante de ces sectes est celle qui se rattache à Vischuou. Considéré comme dieu conservateur et bienfaiteur, il fut opposé à Bouddha. Les grands poëmes héroïques de l'Inde, le Mahabarata et le Hamayana^ furent remaniés à son honneur ; on !e montra s'incarnant i;our secourir Ihumanité et faisant briller à ses yeux, tout aussi bien que Bouddha, la personnification du bien '.

La lecture du Jiamayana est d'un haut intérêt. On est transporté soudain par cette poésie riche et éblouissante au sein du monde brahmanique, dans ces déserts où l'anachorète règne par l'ascétisme sur les dieux euxmêmes et où il se transfigure par ses macérations jusqu'à ce (pie son visage rayonne comme le soleil. Le premier but des incarnations de Yischnou est indiqué avec clarté dans le passage suivant :

« Meurtrier de Madhou-, comme tu aimes à tirer de l'affliction les êtres malheureux, nous te supplions, nous (|ui sommes plongés dans la tristesse. Divinité auguste, sois notre asile! »

1 Voir Mahabarata, rra^^nieiits, par Théod. Pavie. — Hamayana, poërne sanscrit de Valmiki, traduit par Hippolvtc Fauche (premiers tomes). » Nom d'un mauvais génie.

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