INCARNATIONS DE VISCHNOU
.. Dites! reprit Yisclmou; que dois-jc faire? » Ayant ouï les paroles de rineflfable, tons les dieux répondirent :
.( li est un roi nommé Daoaratha ; il a embrassé une très-dure pénitence; il a célébré mémo le sacrifice d'un açNva-médha *, parce qu'il n'a point de fils et qu'il veut en obtenir du ciel.
Il est inébranlable dans sa piété, il est vanté pour ses vertus; la justice est son caractère, la vérité est sa parole. Acquiesce donc à notre demande, ô toi, Vischnou, et consens à naître comme son fils.
' Divisé en quatre parties de toi-même, daigne, ô toi qui foides aux pieds tes ennemis, daigne t'incarner dans le sciu de ses trois épouses, belles comme la déesse de la beauté. »
« ^Vàràvana, le maître, non perceptible aux sens, mais qui alors s'était rendu visible, Kàràyana - répondit cette parole salutaire aux dieux, qui l'invitaient à cet héroïque avatâra :
Quelle chose, une fois revêtu de cette incarnation, faudra-t-il encore que je fasse pour vous, et de quelle part vient la terreur qui vous trouble ainsi? »
A ces mots du grand Yisclmou : « C'est le démon Ràvana , reprirent les dieux; c'est lui, Yisclmou, cette désolation des mondes, qui nous inspire un tel effroi.
• L'açwa-métiha est le fameux sacrifice du cheval.
* Nàrâyana, un des noms de Yisclmou, lame universelle, veut dire l'esprit qui marche sur les eaux primitives; ce mot composé nous rappelle tout naturelleinenl cette expression de la Bible : « Et spiritus Dei ferebutur super aquas «
INCARNATIONS DE VISCHNOL. 73
■• Enveloppe-toi diin corps humain, et qu'il te plaise arracher du monde cette blessante épine; car nul autre que toi parmi les habitants du ciel n'est capable d'immoler ce pécheur.
« Sache que longtemps il s'est imposé la plus austère pénitence, et que par elle il s'est rendu agréable au suprême aïeul de toutes les créatures. Aussi le distributeur ineffable des grâces lui a-t-il accordé ce don insigne d'être invulnérable à tous les êtres, l'homme seul excepté. Puisque, doué ainsi de cette faveur, la mort terrible et sûre ne peut venir à lui de nulle autre part que de l'homme, va, dompteur puissant de tes ennemis , va dans la condition humaine , et tue-le.
« Car ce don, auquel on ne peut résister, élevant au plus haut point l'ivresse de sa force, cet être vil tourmente les dieux et les hommes sanctifiés par la pénitence; et quoique destructeur des sacrifices, lacérateur des saintes Ecritures, ennemi des brahmanes, dévorateur des hommes, cette faveur incomparable sauve de la mort Ràvana, le triste fléau des mondes.
'< Il ose attaquer les rois, que défendent les chars de la guerre, que remparent les éléphants : d'autres, blessés et mis en fuite , sont dissipés çà et là devant lui.
" Il a dévoré des saints. Sans cesse', dans son délire, il s'amuse à tourmenter les sept mondes.
" Comme on vient de nous apprendre qu'A est mortel aux coups des hommes, car il n'a point daigné parler d'eux, ce jour que lui fut donnée cette faveur dont il