INCARNATIONS DE VISCHNOU
abuse^ entre dans un corps humain, ô toi, qui peux briser tes ennemis, et jette sans vie à tes pieds, roi puissant des treize dieux, ce Ràvana superbe, d'une force épouvantable, d'un orgueil immense, l'ennemi de tous les ascètes, ce ver qui les ronge, cette cause de leurs gémissements '. »
Il est curieux de voirie Batnayana opposer l'ascétisme à l'ascétisme. La lutte, en e£Fet, entre le bouddhisme et le brahmanisme se réduisait à une émulation d'anéantissement.
Le culte de Vischnou ou de Crishna devint peu à peu le culte le plus populaire. Vischnou était la divinité protectrice qui s'abaisse jusqu'à l'homme pour le secourir; un dieu de près, et non plus un dieu de loin. Rien n'est plus absurde que de comparer ses incarnations à celle du Christ; elles sont, par leur multiplicité même, entachées de l'idée panthéiste ; la personnalité humaine n'a aucune réalité, puisqu'elle est prise et laissée ainsi qu'un voile ou un masque dont la divinité se revêt un moment. D'ailleurs l'abaissement du dieu va trop loin; il s'abaisse jusqu'au mal; il participe à la corruption humaine. Aussi son culte est-il accompagné, dans le peuple, de rites grossiers et impurs; il n'a rien de moralisant. C'est en définitive, sous sa forme populaire, un retour aux divinités de la nature ^. •
Le système de Joga, introduit dans le Mahabarata, fut
1 Ramayana, trad. par Hipp. Fauche, 1. 1, p. 118-121. * Voir un article très-intéressant sur ce sujet de M. Théod. Pavie, dans le numéro de janvier 1858 de la Hevue des Deux-Mondes.