‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 351 sur 613 · RELATIONS ECRITES. S · texte numérisé non relu

RELATIONS ECRITES. S

Les paroles de Jésus-Christ étaient d'ordinaire liées si étroitement aux diverses circonstances de sa vie qu'il était impossible de séparer les discours des événements. Parmi ces événements, il en était qui demeuraient présents au souvenir de tous les chrétiens. iVous avons déjà rappelé la mort et la résurrection du Sauveur. Ses paraboles s'étaient sans doute aussi fixées dans la mémoire par leur caractère populaire et saisissant. Combien de paroles du 3Iaître qui, par leur tour étrange et paradoxal, ne pouvaient être oubliées de leurs auditeurs? Les discours plus étendus, où le dialogue avait eu une part importante, devaient plus facilement que les autres échapper à cette tradition primitive. Ils avaient été prononcés en grande partie à Jérusalem. En général, la portion de l'histoire évangéliquc qui s'était accomplie dans cette ville avait un caractère moins populaire que celle qui avait eu pour théâtre la Galilée; Jésus-Christ y avait fait moins de miracles ; il s'était trouvé surtout en rapport avec les principaux de la nation. 11 était naturel que la tradition primitive de l'Eglise s'occupât davantage de son activité en Galilée; où il avait séjourné bien plus longtemps.

Tous ces souvenirs, du reste, ne furent pas uniquement livrés à la tradition orale. Saint Luc, dans son évangile, nous apprend que plusieurs relatious de l'histoire évangélique avaient été écrites avant lui'. Probablement, le désir de conserver fidèlement le souvenir de la prédication des apôtres et des évangélistes

' Luc 1,1.

•Ai iT.s i:vANr.ii,i:s apocuvpih'.s.

îimena un certain nombre de leurs auditeurs à rédiger ce qu'ils avaient entendu. Il est difficile de se faire une idée de ces relations, et de savoir si elles étaient fragmentaires ou formaient un tout complet. Il est probable toutefois (ju'elles avaient plutôt une forme fragmentaire, car Luc déclare qu'il veut écrire par ordre l'histoire de Jésus-Christ ^ 11 est permis de supposer que ces récits étaient plus ou moins dépendants les uns des anîres, et qu'un certain type de l'histoire évangélique s'était peu à peu formé.

Nos évangiies appartiennent-ils simplement à cette catégorie d'écrits ou bien ont-ils un caractère qui leur soit propre? Telle est l'importante question qui se pose maintenant à nous. L'Eglise du troisième siècle connaissait un grand nombre d'évangiles^, mais elle établissait une différence entre eux, et elle n'accordait sa confiance qu'à nos quatre évangiles. Un illustre théologien a pensé que la différence entre nos synoptiques et la plupart des évangiles apocryphes avait été exagérée, et que toutes les relations de la vie du Seigneur avaient eu la même origine et occupé primitivement le même rang, à l'exception de l'évangile de Jean. Ainsi, d'aj)rès

« 'Â7.p'.6wç, -/.aÔEÇviç. (Luc 1,3.)

2 « Multi coiiali sunt scriberc cvangelia, sed non omnesrecepti.» (Orig., Hotnel. I, in Luc.) Voici les noms des principaux de ces évangiles : 1" l'Evangile des Hôbrnix (Eusèbe, H. E., IV, 22; Orig., In Jonnn., vol. V, p. 613); 2" l'Evangile des douze apôtres (Hieronym., De viris illustr., c. III); 3" l'Evangile de Pierre (Clément d'Alexandrie, Strotn., Tir, 4C5 ; 4° l'Evangile des Egyptiens (Clément d'Alexandrie, Strorn., III, 465); 5° l'Evangile de Marcion (TertulL, Contra Marc, IV, 1); 6" l'Evangile de Barthélemi (Eusèbe, //. E., V, 10); de Matthias (Eus., II, 25): d'Apelle et de Basilide (Hieron., Prxfat. in Motth., Epiph., Hx^cs., XLIV, 4).

SUI^KHIOKITE DES SYNUl'TKHJliS. >>>'>

vSchleierraachcr, dans chaque contrée évangélisée, un récit de la vie du Sauveur aurait été écrit; ces divers récits, investis tout d'abord d'une autorité égale, se seraient ultérieurement classés en évangiles canoniques et en évangiles apocryphes, selon l'usage qui en aurait été fait ^ Mais cette hypothèse est en désaccord avec le témoignage des Pères. Ils sont unanimes à aflBrmer que dès l'origine l'histoire du Sauveur avait subi dans les évangiles apocry plies une altération profonde, comme on peut en juger par ceux qui nous ont été conservés et qui sont à la fois légendaires et hérétiques*. On reconnaît de suite que l'antiquité chrétienne a eu raison de distinguer nettement entre ce ramassis de fables absurdes et nos trois premiers évangiles. Quand l'école de Tubingue cherche à prouver la primauté de l'évangile des Hébreux et de l'évangile de 3îarcion, en reléguant au second rang et en plaçant à une date postérieure l'évangile de Matthieu et celui de Luc, ou ne peut voir dans cette classification qu'un de ces paradoxes de la critique négative qui n'ont pas de valeur scientifique^. Le fait qiie les synoptiques sont universellement reconnus dans l'Eglise du troisième siècle a pour nous une immense importance \ Nous en apprécierons

' Schleiermacher, Einleitung inlS. Te t.,\i. 501.

* Voir les Evangelia apocry pha. publiés par Fabricius, Thiio i;t Tischeiidorf.

' Schwegler, Sach. npost. Zeit., \, p. 197-260. Les raisons données par Schwegler sont toalei à priori. Partant de l'idée que rébionilisme était la forme primitive du christianisme, tout ce qui en porte l'empreinte est authentique à ses yeux.

* Irénée, Adv. Usures., III, 11. Kusèbc, Vi, r.J. Tertnll.. C^rdm Mmr., IV, •i-o.

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