‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 352 sur 613 · ORIGINE DES SYNOPTIQUES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES SYNOPTIQUES

plus tard la valeur quand nous retracerons les destinées de l'Eglise du second siècle; il suffit pour établir une ligne de démarcation tranchée entre les synoptiques et les évangiles apocryphes.

Si nous consultons les plus anciens témoignages sur nos trois premiers évangiles, nous reconnaîtrons qu'ils ont été écrits occasionnellement en quelque sorte, pour répondre à un besoin de l'Eglise spontanément manifesté.

L'origine de l'évangile de Marc nous est ainsi rapportée par Papias, qui n'est lui-même que l'écho de Jean le presbytre ou 1" ancien : « Marc, ayant été l'interprète de Pierre, écrivait avec soin mais non avec ordre ce qu'il se rappelait des paroles et des actions de Jésus-Christ. Il ne se préoccupait que d'une chose, c'était de ne rien tronquer et de ne rien altérer de ce qu'il avait entendu '. » Clément d'Alexandrie ajoute que Marc écrivit son évangile sur la demande expresse des auditeurs de Pierre -. Quant à Luc, il a soin de nous apprendre lui-même le motif qui le pousse à écrire une relation de l'histoire évangéiique. « Plusieurs ayant entrepris d'écrire l'his-

ày.p'.co); îypTbvf, où [).h -oi -zi^v.. (Eusèbe,^. E., U, 29; VI, 14.) On a prétendu que ces mots ne pouvaient s'appliquer à notre évangile de Marc, qui, d'après les objectants, a autant d'ordre que les autres. Remarquons cependant : 1° que les discours du Seigneur n'y sont pas groupés comme dans Matthieu; 2° qu'on n'y retrouve pas l'ordre chronologique suivi par Luc; 3° qu'il a d'étranges lacunes : par exemple, l'histoire de la naissance de Jésus-Christ y manque. Ainsi se trouve justifiée l'expression : eu Ti;£'.. (Tholuck, Glaubv.mrdirjkeit der evang. Gesch., T Auflage, p. 242.) Il y a dans l'évangile de Marc un certain nombre de locutions latines qui confirment le témoignage de Papias sur sa composition à Rome. « Eusèbe, III, 24.

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toirc des choses dont la vérité a été connue parmi nous avec une entière certitude, j'ai cru, très-excellent Théophile, que je devais te les écrire par ordre, après m'en être exactement informé dans leur origine '. » Matthieu a écrit son évangile en hébreu, d'après Eusèbc, au moment de partir pour ses missions lointaines. « Mattiiicu, dit Papias, a réuni les discours du Seigneur en liébreu, cl chacun les traduisait comme il le pouvait -. »

En présence de ces déclarations de la plus haute antiquité chrétienne, on ne saurait admettre que les évangélistes se considérassent comme les instruments passifs de l'Esprit divin. Pour adopter une telle supposition, il faut effacer le prologue de Luc et révoquer en doute le témoignage incontestable de Papias. Luc, Marc et Matthieu se sont mis à composer leurs évangiles sur la demande expresse des auditeurs de la prédication apostolique. Ils n'ont pas cru se distinguer de ces nombreux auteurs de mémoires évangéliques dont parle Luc. Ils en ont môme profité, comme le déclare l'auteur du troisième évangile. D'où vient donc la différence entre eux? Pourquoi leurs livres ont- ils survécu? Tout d'abord parce qu'ils portaient une empreinte individuelle,

» Luc, I, 3.

2 MatOa'.b; [xèv cuv kSpyJ.z'. c'.a/.iv.Tw xà AcY'.a cuvE-i^aTC, ripivqv-:'j:£ g' ySj-x (oq y;v cuvy-b; è'y.asTOç. (Eus., H. E., 111, 'J3.) D'après Schleiermacher, le sens de cette dernière phrase était que chacun développait les discours de Jésus-Christ comme il pouvait. Il nous semble qu'eu rapprochant le mol *?;p[r/)vsu7£ de celui A'ïp\r^^-)^'^JTr^q appliqué à Marc, on arrive au sens donné par nous. Il ressort de ce passage que nous ne possédons pas notre premier évangile dans sa forme prennière. Gela expliquerait les quelques traits du récit qui étonnent de la part d'un lémoir! oculaire, coumie, par exeniiilc, Malth. XX!, 2, 5, 7.

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tandis que les autres relations n'étaient que Téclio impersonnel de la tradition. Un récit qui n'a aucun caractère individuel n'a pas de ciment qui en relie les diverses parties; la gerbe n'a pas de lien; le livre ne forme pas un tout compacte. Or, nos trois premiers évangiles s'élèvent au-dessus de tous les évangiles apocryphes par un caractère frappant d'individualité.

Mais la grande raison qui nous les fait distinguer de tous les autres évangiles, c'est le sceau de l'inspiration divine dont ils sont marqués. Nous reconnaissons son inimitable empreinte dans ces écrits qui nous conservent le souvenir de Jésus-Christ avec une si admirable fidélité et une si parfaite candeur. Le récit évangélique reflète, par sa limpidité, tous les traits du Sauveur comme l'eau la plus calme et la pins pure; il est de tous les récits le plus étonnant, le plus émouvant et le plus simple. Il reproduit les faits qu'il raconte, il ressuscite incessamment Jésus-Christ pour nous. L'homme livré à lui-même ne raconte pas ainsi; il ne sait pas peindre avec un tel coloris tout en restant en dehors du tableau, sans y mêler ses propres émotions. Nous croyons donc que Dieu a présidé d'une manière toute spéciale à la rédaction de nos évangiles. Que ceux-là s'en étonnent qui n'admettent pas son intervention dans l'histoire religieuse ; mais pour ceux qui croient à sa providence, ils n'ont aucune difficulté à admettre qu'il a veillé à ce que le souvenir du Sauveur nous fût conservé dans toute sa pureté. L'inspiration des trois premiers évangiles se prouve par l'impression souveraine qu'ils produisent sur nous. Dieu a conféré aux auteurs de nos évangiles la

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