‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 355 sur 613 · I,A SAINTETE CHRETIENNE ODIEUSE AU PAGANISME · texte numérisé non relu

I,A SAINTETE CHRETIENNE ODIEUSE AU PAGANISME

donnée à la haine de la populace contre l'Eglise. I! n'y a pas trace d'édits qui proscrivent le christianisme d'une manière générale. La persécution légale a éclaté plus tard. Néron a joué le rôle de Pilate dans la crucifixion de Jésus-Christ. II a sacrifié l'innocent à la rage stupide d'un peuple abusé. Il y a joint l'abominable calcul de rejeter sur les chrétiens le crime de l'incendie de Rome. Mais il ne les a choisis que parce qu'ils lui étaient désignés par l'exécration publique. « Pour imposer silence à l'opinion soulevée contre lui, nous dit Tacite, JVéron accusa de son crime, et accabla des plus cruels châtiments des hommes rendus odieux par leurs forfaits, et que le peuple appelait chrétiens ' . » Ainsi c'est bien la haine de ce peuple stupide et cruel qui a déchaîné la première persécution. Il importe de sonder les motifs de cette animadversion , et de se rendre compte des calomnies lancées contre les chrétiens.

Ces calomnies n'ont aucun rapport avec les accusations habiles et perfides des philosophes. Nous sommes en face des préjugés populaires sous leur forme la plus grossière. Ce serait donc se tromper gravement que de transporter dans le premier siècle, et au milieu de la plèbe de Rome, les savantes attaques d'un Celse ou d'un Lucien. Tacite lui-même nous met sur la voie des accusations qui, vers l'an G5, étaient répandues à Rome contre les chrétiens. Ils furent convaincus, d'après lui, « non pas de l'incendie de Rome, mais du crime de haïr le

1 « Ergo abolendo rumori Nero subdidit reos, et quaesitissimis pœnis affecit quos, per tlagilia invisos, vulgus Chrislianos appellabat. » (Tacite, Annales, XV, 44.)

CALOMNIES CONTRE LFS CHRETIENS. Q'i

genre humain '. » IVous reconnaissons à ce trait la confusion entre l'Eglise et la synago!?ue. Les Juifs, en effet, méritaient alors celte accusation par leur orgueil intraitable, et leur mépris arrogant des païens. Ce préjugé contre les chrétiens, né d'une assimilation erronée entre eux et leurs plus implacables adversaires, fut fortifié peut-être par ce qu'on leur avait entendu dire d'un jugement de Dieu terrible et prochain. Ils proclamaient la condamnation de l'humanité coupable; ils en traçaient d'avance le tableau; ils empruntaient aux prophètes leur langage coloré pour produire une salutaire épouvante. Ils parlaient sans doute de ces flammes du jugement qui devaient dévorer un monde impie. Il était facile, en matérialisant leur pensée, de les présenter comme des conspirateurs dangereux, capables d'aider à cette conflagration qu'ils annonçaient, et de travailler a assurer l'accomplissement de leurs propres prophéties. Il fallut travestir à ce point leur prédication pour trouver l'ombre d'un prétexte à l'absurde accusation que l'on fit peser sur eux.

Quand Tacite ajoute <■ qu'ils étaient odieux par leurs forfaits et par leurs abominations-, » il fait sans doute allusion aux bruits infâmes que Ton exploita si longtemps contre les chrétiens, et que Justin Martyr démentait plus tard avec indignation : « Cro\ ez-vous, s'écriait-il, que nous mangions des hommes, et qu'après le repas du soir, nous éteignions les lumières pour pro-

' « Haud perinde in crimine incendii quarn odio huniaiii generis convicti sunt. »

* « Flasitia pudenda. »

9G CALOMNIES CONTRE LtS CHRÉTIENS.

léger une débauche odieuse'! » Ces mêmes calomnies sout reproduites avec détail dans YOctave de Minutius Félix : « Ne faut-il pas gémir, dit le défenseur du paganisme, de ce que des hommes appartenant à une faction déplorable, illégale et désespérée, s'élèvent contre les dieux. Secte ténébreuse, ennemie du jour, elle est silencieuse eu public, mais loquace dans ses retraites cachées; elle méprise les dieux, se joue des choses sacrées. Ils s'appellent frères et sœurs pour ajouter l'inceste à lidolàtrie. Ils se repaissent du sang d'un enfant, se partagent ses membres, se lient mutuellement par cet horrible sacrifice, et se garantissent le silence par la solidarité du crime-. » « On nous accuse, dit Tertullien, de pratiquer l'infanticide dans nos cérémonies sacrées, afin de nous en repaître, et de terminer nos repas par Tincesle^. » Ces citations des Pères sont le vrai commentaire des paroles de Tacite. Nous retrouverons au siècle suivant ces abominables accusations, fortifiées par des insinuations plus perfides; mais il est évident qu'elles ont dû précéder toutes les autres. On y reconnaît facilement un travestissement grossier du culte chrétien, et eu particulier de la sainte cène, où les symboles sacrés du corps de Jésus-Christ étaient

jJL'^saiV £Yy-'JA'.v2[J.sf)a. [Justin Martyr, édit. de Pdris, 1756, p. 220.) 2 « Homines deploratse, illicilae ac desperatœ factionis... Latebrosa et lu-

cifugax natio..., se promiscue appellant fratres et sorores. » (Minutius

Félix, Octave, c. VIII et IX.}

' « Dicimur sceleratissinii de sacramento iufanticidii et pabulo inde et

post convivium incesto. » (Tertull., Apolog., VII.)

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