‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 37 sur 613 · LES POURANAS · texte numérisé non relu

LES POURANAS

destiné à contre-balancer le bouddhisme en lui faisant de larges emprunts. Vischnou fut opposé à la matière comme l'âme éternelle du monde émanée de Brahma. L'homme doit chercher à s'anéantir en lui; il faut l'honorer dans la vie ordinaire par la modération, le désintéressement et la charité'. Mais c'est surtout dans les Pouranas, dont la date est postérieure, que le vischnouïsme est pleinement développé. Le Bhagavat-Ponranas, bien que le plus récent des poëraes indiens, porte évidemment l'empreinte de l'antique panthéisme. Bhagavat, ou lo bienheureux Vischnou, est le dieu des dieux, « la cause et l'eiret, l'âme etle souverain de l'univers ". » Mais cet univers matériel n'a aucune réalité. La nature est belle, admirablement belle; mais elle n'en est pas moins la Maïa éternelle, l'illusion mensongère, la courtisane perfide dont il faut fuir l'embrassement. « Elle apparut, dans un bois dont les arbres étaient couverts de Heurs variées et de bourgeons jaunâtres, la plus belle des femmes. Il semblait que sa taille dût se briser quand elle portait çà et là ses pieds agiles, doux comme un tendre bourgeon. Ses grands yeux ressemblaient à des étoiles mobiles, les boucles de ses cheveux noués embellissaient son visage. Sa main charmante s'occupait à relever son vêtement. Le charme magique dentelle était entourée jetait le trouble dans l'univers \ » Cette ravissante Maïa est la vie matérielle, la misère et l'esclavage des créatures '. La perfection consiste à s'y soustraire

> Dunker, t. II, p. 243.

* Bhar/fivat-Pouranas, Imdnclion Burnouf, liv. III, c. VII.

3 Liv. VllI, c. XII. - * Liv. VU, c IX.

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par l'ascétisme, et l'ascétisme doit être poussé jusqu'au point où le bouddhisme le portait. « L'action fait vivre l'homme, l'inaction lui assure l'immortalité '. Que le solitaire qui voit la vérité sacrifie l'illusion dans la conscience qu'il a de l'esprit; qu'inactif il se repose au sein de l'esprit, qu'il fasse rentrer dans leur ordre chacun des principes dont se compose son corps; qu'il fasse rentrer dans l'eau la terre, dans la lumière l'eau, dans le vent la lumière, dans l'éther le vent, dans le principe supérieur de la personnalité l'éther, dans l'intelligence la personnalité, dans la nature l'intelligence et dans l'esprit immuable la nature; que, soustrait ainsi à la dualité, il s'éteigne, semblable à un feu qui n'a plus d'aliment". » C'est afin d'amener les hommes à cette vie de l'esprit que Vischnou s'incarne. Ses incarnations sont multipliées à l'infini, parce que la vie physique n'a aucune réalité et l'individualité aucune valeur. Il apparaît tantôt sous la forme trompeuse d'un homme, tantôt sous celle d'un poisson, d'un sanglier ou d'un lion, tantôt sous celle d'un nain ou d'un héros. « L'être suprême embrasse ou quitte des corps élevés ou inférieurs, qui ont pour attribut le cœur, les sens et les éléments ; il le fait par sa puissance propre, et reste distinct de ces cor|)s ^. » Il est semblable, dans ces incarnations, à un acteur qui change de déguisement*. Le but de ces incarnations est clairement indiqué dans le passage suivant : « L'être incréé abandonne ce corps dont il s'était servi pour débarrasser la terre du fardeau

1 Liv. vil, c. XV. — « Liv. VU, c. XIl, XIV. - ^ liv. VU, c. II. - > Liv. VIII. c. VIII.

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