DU SYSTEME DE BAUR
la région des ténèbres, qui fait une guerre incessante au royaume de la lumière * .
Tel est le système qui a défrayé toutes les discussions en Allemagne pendant de longues années. Nous l'avons déjà réfuté sur bien des points. Jamais on n'avait vu la critique interne s'abandonner à de tels excès. L'argumentation, en effet, est ici empruntée non pas aux écrits dont il s'agit de fixer la date, mais au système préconçu du théologien. Tout ce qui ne cadre pas avec ce système est condamné d'avance. On arrive ainsi à une chronologie fantastique pour les monuments de l'âge apostolique. Les hypothèses les plus hasardées passent promptement à l'état d'axiomes destinés à prouver d'autres hypothèses. Les résultats auxquels la saine critique est arrivée sur les principaux écrits du Nouveau Testament suffisent pour faire crouler par la base toute cette habile argumentation. C'est, du reste, son extrême habileté qui la rend fragile. Comment supposer cette savante diplomatie dans les deux premiers siècles del'Egiise? Le Nouveau Testament, à en croire l'école de Tubingue, aurait été écrit à la façon des protocoles d'un congrès. Singulière explication de cette simplicité sublime qui en fait le charme et la puissance! Nous avons déjà établi, en racontant les conférences de Jérusalem et la dispute d'Antioche, que la lutte violente n'était pas entre les apôtres, mais qu'elle avait été suscitée par les sectateurs fanatiques du judaïsme. Le tableau que nous tracerons des hérésies de l'Eglise primitive démontrera
' Voir la note F à la fin du volume.
L'UNITE DANS LA DIVERSITE. i07
avec plus d'évidence encore ce fait important. D'ailleur.-, l'étude attentive des divers t^pesde la doctrine apostolique, prouve que rien n'est plus faux que d'y voir des types essentiellement dillérents , comme s'il avait existé en réalité deux christiauismes, celui de Jacques et de Pierre, et celui de Paul. Une fois que nous avons écarté l'hypothèse d'une opposition tranchée entre les apôtres, toutes ces prétendues tentatives de conciliation, quiauiaient après coup refait l'histoire du siècle apostolique, n'ont aucune raison d'être. Nous ne nions pas qu'il y ait eu entre les chrétiens d'origine juive et ceux d'origine païenne un rapprochement graduel, mais nous ne voyons aucune raison de le renvoyer au second siècle, contre le témoignage des Actes et celui des épîtres de Paul.
Réduites à leurs justes proportions, les divergences entre les écrivains sacrés ne se présentent plus comme des tendances hostiles et irréconciliables ; elles se complètent mutuellement, et forment comme les degrés d'une échelle qui nous permet d'atteindre sans secousse le point culminant de la révélation. Parmi ces types de doctrine, deux se distinguent par leur originalité et leur fécondité; les deux autres n'eu représentent pas moins un côté important de la vérité qu'il était utile de faire saillir à part, en quelque sorte, parce qu'il ne se serait pas détaché avec assez de netteté dans la vaste synthèse de la doctrine de saint Paul et de Saint Jean.
Au fond, la tentative d'opposer le type doctrinal de Jacques et de Pierre au type doctrinal de Paul, résulte d'une fausse vue sur le vap'port de l'Ancien et du