‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 362 sur 613 · L'UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ · texte numérisé non relu

L'UNITÉ DANS LA DIVERSITÉ

Nouveau Testament. Ceux qui pensent que l'ancienne économie contenait en germe la nouvelle, ne voient pas d'antinomie entre le point de vue de Jacques et celui de l'apôtre des païens. On oublie toujours que le judaïsme de Jacques n'avait aucune analogie avec le pharisaïsme. C'était, comme nous lavons dit, un judaïsme idéal, le vrai judaïsme, celui qui était conforme aux desseins de Dieu; c'était, par conséquent un judaïsme qui renfermait tous les principaux éléments du christianisme. Développé, agrandi par l'acceptation de l'Evangile, il ne pouvait différer essentiellement du type doctrinal de saint Paul. Jacques avait été amené à une conception profonde de l'ancienne alliance; il en avait saisi l'esprit et l'idée fondamentale qui, semblable a l'àme, dont la vie persiste après que son enveloppe a été réduite en poussière, devait survivre aux formes théocratiques dans lesquelles elle s'était incarnée. Cette idée fondamentale était au fond l'idée morale, l'idée de la justice, du devoir, de l'obligation de la conscience. Jacques, en la transportant dans le christianisme , y transportait un élément permaneut de la religion véritable. D'un autre côté, Paul avait trop bien compris l'Evangile pour ne pas discerner son point de contact avec l'Ancien Testament, et à la hauteur où il était placé, l'unité du plan de Dieu ne pouvait lui échapper. Si donc nous reconnaissons dans TEglise primitive deux types de doctrine, nous nions qu'ils aient constitué deux christianismes différents. Les théologiens qui font commencer le gnosticisme avec Paul, et l'ébionitisme avec Jacques, commettent un étrange anachronisme. On voit que les

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apôtres puisent à une môme source, qui est l'enseignement et la vie de Jésus-Christ. On sent également chez tous le soiiflle du même Esprit.

Ces réserves faites, nous ne nions point qu'il n'y ait des différences entre les écrivains sacrés; l'unité l'emporte, maisladiversité subsiste. Nous ne nions pas non plus que des deux principaux types de doctrine de l'âge apostolique, le second surpasse infiniment le premier en richesse; mais celui-ci n'en garde pas moins sa valeur propre, et répond à des besoins moraux qui sont de tous les temps, et auxquels il est admirablement approprié. Cette diversité d'ailleurs s'explique très-bien par le mode de la révélation évangélique, qui ne nous est pas communiquée sous la forme d'un code, mais qui nous arrive portée en quelque sorte par le flot de la vie de l'Eglise primitive.

Chaque écrivain sacré conserve son individualité et parle sa langue. Les imperfections de détail sont comme son accent individuel; elle révèlent en lui un libre organe de l'esprit de Dieu, qui n'a aucune analogie avec un instrument passif. Elles viennent se fondre dans la lumière de la vérité centrale et dominante, résultant de l'ensemble du témoignage apostolique; c'est cette vérité d'ensemble qui seule fait autorité, en nous affranchissant du joug rabbiniqiie des mots isolés qui a trop longtemps pesé sur l'Eglise.

INous ne pouvons du reste consentir à ne voir dans les écrivains du Nouveau Testament que les premiers des théologiens. Ils se meuvent dans une sphère supérieure à la théologie; nulle génération de chrétiens n'a possédé comme eux rEs|irit de Dieu. Ils n'ont pas non

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plus donné nne forme systématique à leurs conceptions : « Saint Paul, a-t-on dit avec une grande justesse, ne décide pas les questions par des principes métaphysiques et ne se pique point de rigueur scientifique'. » Cela est si vrai qu'il est impossible de ramener à une unité complète les divers éléments de son enseignement. Les systèmf^s proprement dits n'ont commencé que plus tard. A la prendre dans sa totalité, la doctrine apostolique, qui de Jacques à Jean a parcouru plusieurs degrés, tout en demeurant la même en substance, doit être considérée comme l'expression la plus haute et la plus riche de la vérité ; elle est la règle et la norme de la théologie chrétienne, qui n'a pas à inventer des éléments nouveaux, mais à recueillir et à classer ceux qui lui sont fournis avec l'abondance de la vie et le jet puissant d'une source divine dans les livres canoniques du Nouveau Testament. Mais il importe de suivre dans ces écrits sacrés l'admirable progression de la vérité, de saisir leur unité sous leur variété, et de donner à chacun sa place et son rang, si l'on ne veut pas substituer la notion mécanique de l'inspiration à la notion vivante et spirituelle.

Trois types de doctrine se présentent à nous dans cette seconde période de l'âge apostolique. Chacun d'eux est déterminé par la solution qu'il donne à la question du rapport des deux alliances. L'ancienne alliance reposait sur deux grandes institutions : la loi et la prophétie. Jacques considère la nouvelle alliance

' Ritschl., Alt. Cath. Kirche, p. 67.

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comme le développement de la loi, tandis que Pierre y voitavanttout l'accomplissement delà prophétie. Comme la propiiétie était ime sorte de christianisme anticipé, Pierre se trouve par hi plus rapproché de Paul, dont il a d'ailleurs visiblement subi l'influence. Paul est beaucoup moins préoccupé de montrer les rapports des deux alliances, que de faire ressortir leurs différences. La nouvelle alliance est essentiellement pour lui un fait nouveau, la proclamation du pardon, la ninnifestation souveraine de la jn^ràce, en un mot l'Evangile ^ Il n'est en opposition ni avec Jacques, ni avec Pierre. Il dégage de toute restriction l'idée fondamentale du premier; la loi, qui a semblé abolie par la grâce, reçoit d'elle, au contraire, une sanction nouvelle : elle ressort de l'Evangile, purifiée et spiritiialisée, comme d'un creuset. Le point de vue de Pierre a aussi sa justification. Le judaïsme e-t réellementaccompli par lechristianisme, et sa valeurpréparatoire est présentée par Paul avec une haute philosophie. Si donc l'apôtre des Gentils a dû lutter plus d'une fois contre le judéo-christianisme primitif, il lui a néanmoins donné toutes les satisfactions légitimes dans la riche synthèse de sa doctrine. Il lui était ainsi toute raison d'être comme école à part. Il l'a aboli en l'accomplissant. Il ne pouvait revivre désormais que comme héré-^ sie en dehors de l'Eglise. La conciliation au siècle apostolique a résulté de la manière la plus naturelle du rapprochement de deux éléments de la vérité destinés à se combiner et à se pénétrer.

' Pchmid, Bihlische Thenlorjie, \\, 90.

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