‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 376 sur 613 · LA JUSTICE, PRINCIPE DE TOUTE RELIGION · texte numérisé non relu

LA JUSTICE, PRINCIPE DE TOUTE RELIGION

le royaume de Dieu*?» La nouvelle alliance n'a pas abrogé ce principe essentiel de toute religion et de toute morale. Elle lui a donné au contraire une sanction éclatante; elle a inauguré le règne de la justice véritable *. La notion morale est doue à la base des deux alliances. Tout roule sur elle, tout en dépend. La justice n'est pas prise par Paul dans un sens extérieur et légal, comme s'il s'agissait uniquement de l'accomplissement de certains préceptes. Elle repose sur une loi universelle gravée dans le cœur de l'homme par la main de Dieu ; cette loi est inscrite au plus profond de sa conscience, aussi se retrouve-t-elîe chez le païen comme chez le Jui[^. La justice ainsi comprise n'est pas seulement la conformité de notre volonté à certaines volontés de Dieu ; elle consiste dans la conformité de notre être à l'être de Dieu. L'homme est appelé à devenir Yimitateur de Dieu''. Voilà l'idéal moral, le devoir par excellence, qui résume tous les autres.

Parlant de cette notion profonde de la justice, saint Paul en cherche la réalisation dans l'histoire religieuse. Il reconnaît tout d'abord que l'humanité est dans un état anormal et qu'elle a été précipitée par un acte de rébellion dans le péché et la condamnation. Il cherche ensuite à montrer de quelle manière la race déchue est

» 1 Cor. VI, 9.

* Nuv\ Zï /lopl; vifAOu O'.y.atGcuvY] ôeou xsçavépioiat. (Rom. III, 21,) 3 Ils monlrent que l'œuvre de la loi est écrite dans leur cœur. OÏTivsç

ivBsly.vuvTa'. -o ep'^o'/ tcu vcjjlcu yP^'^^'^'o'' ^"^ '^^? xapoiatç aÙTwv. Rom. II, 14, 15.

* Tvn^Bt CUV [xi[;.rj-:ai -ou Qsou. Ephés. V, 1 . Ce précepte s'adresse aux chrétiens. Mais il est évident que l'idéal moral qui leur est proposé est l'idéal moral en soi.

LA CULTl-, VIOLATION DE LA LOI DE DIEU. \fO

réintégrée dans la justice; il est amené par là à marquer nettement la différence entre Taucienne et la nouvelle alliance, tout en indiquant la valeur préparatoire de la première. La chute et l'état de l'homme depuis le premier péché, la loi mosaïque et sa destination providentielle, la rédemption et ses conséquences, tels sont les divers chapitres de la théologie de Paul. Nous le verrons ramener sans cesse tous les points de sa doctrine à la grande idée de justice qui en est le eentre et le pivot.

On sait avec quelle énergie Paul a insisté sur la corruption générale de l'humanité. Prenant pour texte cette parole d'un psaume : « Il n'y a point de juste, non pas même un seul, » il trace, avec une incomparable vigueur, le tableau de la dégradation de la race déchue '. Pour le rendre plus frappant encore, il emprunte ses couleurs au monde corrompu qui l'entoure. Toute la première partie de sa lettre aux Romains est consacrée à cette implacable démonstration de la déchéance de l'humanité. D'une part, l'Apôtre nous montre le monde païen livré à ses convoitises et à son impureté, déshonorant l'homme par ses abominations, après avoir essayé de déshonorer Dieu par l'idolâtrie, <■ en changeant la vérité de Dieu en des choses fausses^.» D'une autre part, il s'attaque au Juif incrédule, et, s'emparant de cette loi dont il se glorifie, il l'eu perce comme d'un glaive par cette seule parole : « Toi qui te glorifies dans la loi, tu déshonores Dieu par la transgression de la loi^. » Paul, après cette discussion lumineuse

1 Oùy. ïz-.'. V.KV.zz z'jzï V.;. (Rom. III, 10.)

2 Rqm. I, 23-32. — ' Rom. Il, 23.

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