CE DÉCRET N'EST PAS LA PRÉDESTINATION D'AUGUSTIN
une prédestination, c'est-à-dire qu'il a pour cause première la volonté toute-puissante de Dieu. C'est un don généreux et gratuit. L'amour divin a donc précédé tous nos actes; il n'a été motivé par aucun mérite, il n'a eu d'autre mobile que les compassions infinies de Dieu. Dieu a aimé l'humanité, non à cause de ses mérites futurs, non à cause de son excellence, mais parce qu'il lui a plu de l'aimer. C'est dans ce sens qu'il l'a prédestinée au bonheur. Ainsi le salut ne vient « ni de celui qui veut, ni de celui qui court'. » Ce n'est ni une récompense, ni un échange ; car alors le principe en serait déplacé ; il procéderait de la créature et non plus du Créateur. C'est un don de pure grâce; mais il n'en est pas moins conforme aux lois de la justice divine; elles reçoivent même de sa réalisation une consécration nouvelle.
Saint Paul ne considère pas seulement le salut d'une manière abstraite et générale; il insiste sur son application individuelle. Pour chaque homme comme pour la race, il a pour principe l'éternel amour de Dieu et non le mérite humain. Toutefois il ne se réalise que sous certaines conditions, inséparables de la notion de justice, toujours intacte dans la théologie de l'Apôtre. Le regard de Dieu, qui plonge dans l'avenir comme dans le fond des cœurs, et pour lequel le temps n'existe pas, voit, dès avant les siècles, se dérouler devant lui chaque vie individuelle dans la totalité de ses éléments. L'élection n'est pas autre chose que ce regard éternel de Dieu
i Rom. IX, IC.