LA THÉORIE D'ANSELME N'EST PAS DANS SAINT PAUL
divine, une réparation de la désobéissance d'Adam. En pressant les déclarations de saint Paul, nous n'en pouvons tirer aucune autre notion de la rédemption. La mort de Jésus-Christ est une démonstration de la justice de Dieu, puisqu'elle nous prouve que le représentant de l'humanité condamnée ne peut la sauver sans subir la peine du péché; mais elle est acceptée de Dieu comme une réparation suffisante, à cause de l'obéissance parfaite qu'elle révèle. Elle est dans ce sens un rachat, une propitiation ; c'est là toute ia théorie de Paul. La théologie peut trouver que des anneaux manquent à cette chaîne dialectique; elle peut essayer d'expliquer et de développer les grandes données de la doctrine de l'Apôtre, mais elle n'a pas le droit d'en supprimer ni d'en ajouter aucune. La théorie judiciaire d'après laquelle la mort de Jésus-Christ rachète un péché infini par une souffrance infinie, est étrangère à la pensée de Paul. Il n'y a pas trace chez lui de cette balance établie entre la douleur et le mal. Jamais d'ailleurs il ne donne à penser que la souffrance du Christ ait consisté dans le sentiment de la réjection et de la colère de Dieu ^ Le Père nous
* On invoque le passage Gai. III, 13 : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, ayant été fait malédiction pour nous (yîv;;j.£Vo; u-ïp r,\i.bi-f 7,a-îâpa). » Mais l'Apôtre a soin d'expliquer sa pensée en ajoutant : « Car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois. » C'est donc le fait extérieur de la cruciflxion qui est une preuve de malédiction. Il l'est comme la souffrance et la mort; il l'est en lui-même, sans que l'idée de la damnation vienne s'y ajouter^ Schweizer, dans le 3= numéro de 1858 des Studien und Knliken, voit simplement dans cette malédiction lanathème de la synagogue qui a repoussé Jésus-Christ, et, par là même, délié et afiranclù les chrétiens juifs. Mais cette explication est tout à fait insuflisante. La nôtre se rapporte Ijien Tnieux à l'ensemble de la théologie de saint Paul.