LA THEORIE D'ANSELME N'EST PAS DANS SAINT PAUL
est toujours présenté par lui comme d'accord avec son Fils. « Dieu, dit -il, était en Christ réconciliant le monde avec soi \» S'il était en Christ, il n'était pas contre lui. La théorie judiciaire d'Anselme est en contradiction avec les vues générales de saint Paul sur le salut. Il n'est plus dans ce système une pure grâce, une réalisation dans le temps du plan de l'amour éternel. La loi du talion reçoit une consécration éclatante à la croix ; la gratuité du pardon est altérée. Nous sommes sur le terrain du droit légal, et non sur celui de la miséricorde. Ce serait à tort, du reste, que dans l'œuvre de la rédemption, on isolerait la mort du Sauveur de sa vie; elle s'y rattache étroitement, elle en est le couronnement. S'il a été obéissant jusqu'à la mort, il n'a pas été obéissant seulement dans la mort. Si celui qui n'avait point connu le péché a été traité comme un pécheur en sa crucifixion, il l'avait été également dans tontes les souffrances qui avaient précédé sa mort, et celle-ci se présente à nous comme le point culminant de son œuvre rédemptrice qui enveloppe toute son existence terrestre-.
1 'Hv èv Xp'.STW y.csiJ.cv y.7.-%tXiz':wi ïtj-.C). (2Cnr. V, 19.)
2 Aucun sujet n'est plus grave et plus redoutable que celui que nous venons de toucher succinctement. Les iiommes impartiaux et qui sont au courant de l'histoire de la théologie reconnaîtront que la théorie d'Anselme découle si peu clairement des textes de saint Paul, que l'Eglise, pendant de longs siècles, n'en a eu aucune idée. 11 faut se garder de l'identifier à la vérité scripturaire en se fondant sur ce qu'elle est devenue une idée courante et populaire : ce serait une application fâcheuse du fameux adage : Vox populi, vox Dei. Cette théorie soulève contre elle les plus graves objections morales. 11 nous suffit pour le moment d'établir qu'elle a aussi contre elle l'enseignement apostolique. Ce qui a fait sa fortune, c'est l'effroi légitime de tomber, en l'abandonnant, dans la notion rationaliste do la rédemption, d'après laquelle il n'y aurait à la croix qu'une simple déclaration de l'amour de Difu. Evidemment, malgré ses
JÉSUS-CHRIST RESSUSCITÉ ENVOIE LE SAINT-ESPRIT. 1-il
Le salut accompli i\ la croi\ est consommé par la glorification du Rédempteur. La résurrection est, aux yeux de Paul, une condition essentielle de notre justilication ' . « Si Christ n'est pas ressuscité, dit-il, notre prédication est donc vaine, et votre foi est vaine aussi -. »,La résur rection est en effet le gage divin de Tacccptation du sacrifice rédempteur. Le Christ ressuscité est entré dans la gloire; il est maintenant à la droite de son Père, et il continue son œuvre rédemptrice en étant pour nous l'intermédiaire de toutes les grâces méritées par sa mort^. La grâce qui les résume toutes est le don du Saint- Esprit, de l'Esprit du Dieu vivant, qui est aussi l'Esprit de Jésus-Christ\ Le Sauveur l'a envoyé à son Eglise eu vertu de sa mort, qui nous a rendu un libre accès auprès du Père, et a abattu tout obstacle, toute barrière entre nous et lui^. Cet esprit est « l'esprit d'adoption^, » le grand agent de la conversion et de la sanctification. C'est lui qui nous vivifie" ; c'est par lui que nous viennent de Dieu le pouvoir et la force* ; c'est lui en un mot qui nous soulage dans toutes nos faiblesses^.
La justice véritable est rétablie par le nouvel Adam;
exagérations, la théorie d'Anselme maintient bien mieux l'idée scripturaire de la rédemption que la notion rationaliste. Mais nous ne sommes pas placés dans cette alternative. L'étude approfondie des Ecritures conduira l'Eglise à une conception plus profonde, plus morale, consacrant le droit de Dieu sans léser la conscience.
' 'IlvifOr^ o'.y. rfjV G'./.a(o)7'.v r/y.wv. (Rom. TV, 25; 2 Cor. V, 15.)
2 1 Cor. XV, U.
' 'AziOavE v,x: £ur,7c.v, hx y.al vîy.pwv y.at çOJVT03v v.'jp'.fjzr,. (Rom. X1V,9; Philipp. II, U.)
* IIv£j;j.a Xp'.-TOu. (Rom. VIII, 9). - s Ephés. Il, 18.
« GaL IV, 6; Rom. VIII, 15. - " Ephés. IL 5. - ^ Philipp. Il, 13.
^ Rom. VIII, 25.