‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 397 sur 613 · Ô6 L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

Ô6 L'ÉGLISE

lébré cet amour daus une langue vraiment céleste. Aucune poésie ne surpasse son hymne à la charité. Arrivé là, on sent qu'il est sur le point le plus élevé que puisse atteindre la pensée humaine, même inspirée; car l'amour répondant chez l'homme à l'amour éternel de Dieu, c'est le rétablissement glorieux de la justice sur la terre, c'est la réparation consommée, c'est le salut pleinement réalisé.

L'Apôtre n'admet pas seulement une réalisation individuelle du salut ; le plan de Dieu étant de reconstruire une humanité véritable eu Jésus-Christ, il est nécessaire qu'un nouveau peuple de Dieu se forme et qu'une société religieuse dans laquelle les rapports entre les hommes soient pénétrés par la foi et l'amour se constitue. Ce nouveau peuple de Dieu, c'est l'Eglise. Paul la compare tantôt à un peuple dont Christ est la pierre de l'angle'; tantôt à un corps dont il est la tête-. Elle forme ainsi un vivant organisme, une sainte société qui n'est pas une institution pédagogique semblable à la théocratie juive. On y entre non par la naissance mais par la foi ; ce qui implique l'abolition de toutes les distinctions extérieures : « Ici il n'y a ni Grec, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni Barbare, ni Scythe, ni esclave, ni libre; mais Christ est toutes choses en tous^. » L'Apôtre reconnaît dans toutes ses lettres que les Eglises auxquelles il s'adresse présentent un triste mélange de bien et de mal, mais il

» 1 Cor. III, IC, 17; 2 Cor. VI, 16; Ephés. II, 20, 22.

« Rom. XII, 5 ; 1 Cor. XII, 12 ; Ephés. 1, 23.

3 Ta zâvTa /.xl èv zaTi Xp'.:;Tcç. (Goloss IIF, 11.)

LE ROYAUME DU BIEN ET LE ROYAUME DU MAL. lo?

leur recommande comme un devoir de se purifier de tous les éléments mauvais qui les altèrent et les déshonorent V Le signe de l'entrée dans l'Eglise est le baptême, qui symbolise les deux phases de la conversion et exprime aussi bien la mort au péché que la vie nouvelle à laquelle le chrétien est appelé". La sainte cène est le repas du Seigneur, pris en mémoire de sa mort rédemptrice^. Elle resserre les liens de la communion fraternelle, car par elle les membres de l'Eglise « boivent à la même coupe de bénédiction"*. » Elle est à la fois le symbole auguste de l'amour divin, et le gage de la fraternité chrétienne. L'Eglise, société sainte des rachetés du Christ, appelée à combattre le péché et à réaliser la loi de charité, se présente à nous comme la reconstitution de l'humanité véritable, telle que Dieu la veut; elle est par là V accomplissement de celui qui accomplit tout en tous^, c'est-à-dire l'accomplissement du plan éternel de l'amour divin, compromis par la chute et restauré par la rédemption.

Mais le royaume de Dieu s'étend bien au delà de ce monde. « La famille est dans le ciel comme sur la terre " . » Les anges réunis aux rachetés forment l'armée céleste dont Jésus-Christ est le chef^, qui lutte incessamment contre le sombre royaume du mal, contre les esprits malins répandus dans les vagues régions de l'air et gouvernés par le prince de ce monde ^. Ces puissances des

1 1 Cor. V, U-13. — ^ Rom. VI, 2. — M Cor. XI, 23.

* 1 Cor. V, 16, 17.

^ Te T:A-ripo)[;.a toîj ix tA'Kx èv '::%':<. TîXrjpo'j'Asvo'j. (Ephés. I^ 23.)

6 Ephés. 111, lo. — 7 Coloss. Il, 10; Ephés. I, 20; III, 10.

8 Ephés. Il, 12; Vi,2; 2 Cor. IV, 4.

1o8 L AVENIU DL' MONDE ET DE L'EGLISE.

ténèbres, quoique vaincues à la croix de Jésus-Christ*, continuent à combattre contre l'Eglise, mais elles sont vouées à une défaite certaine"-.

Nous ne nous étendrons pas sur le tableau que trace saint Paul des derniers temps. Il s'est borné à commenter les prophéties de Jésus-Christ. Il annonce une large diffusion de la lumière évangélique qui doit se répandre d'abord sur la terre païenne, puis revenir à son foyer et éclairer aussi ce peuple juif qui n'a que trop justifié par son orgueil la parole du Maître, que « les premiers seront les derniers ; » il ne sera toutefois éclairé à son tour qu'à la condition qu'il ne persévérera pas dans son incrédulité^. La terre devant être couverte de la connaissance de la vérité comme le fond de la mer Test de ses eaux, le pays qui fut le berceau de la révélation ne restera pas toujours voué à l'obscurité. La douleur d'une réjection momentanée et le privilège accordé au monde païen finiront par exciter Israël à jalousie et le ramèneront à Dieu "*. Quand l'Evangile aura triomphé de l'endurcissement des Juifs, on pourra être sûr qu'il est bien près de son triomphe final, et la conversion d'Israël sera par conséquent le signe avant-coureur des plus glorieux développements du royaume de Dieu^ Mais, auparavant, une lutte formidable doit s'engager entre l'Eglise et l'antichristianisme personnifié dans l'homme de péché ^'j et le dénoùment de cette lutte sera le retour du Christ reparaissant sur les nuées pour juger le monde et res-

1 Coloss. II, 15. - 2 1 Cor. XV, 24-26.

3 Rom. XI, 23-25, « S'ils ne persévèrent pas dans leur incrédulité. »

* Rom. XI, 31 — 0 Hom. XI, 15. — « 2Thess. II, 3-8.

LE JUGEMENT, LA RliSUllRECTION. loy

susciter les morts'. Il a été les prémices de la résurrection ; nous lui serons faits semblables : notre corps, pareil au grain de blé qui meurt dans le sol pour revivre en gerbe dorée, ressuscitera incorruptible et glorieux ^. Les chrétiens qui seront encore vivants à Tavénement du Seigneur seront transmués sans passer par la mort^. Le jugement suit immédiatement la résurrection ; il est désigné sous le nom de jour du Seigneur^. Après que le dernier ennemi, qui est la mort, aura été vaincu, le Fils remettra son royaume à son Père, qui sera tout en tous^. Cette expression semble ouvrir une perspective infinie sur les compassions de Dieu. Toutefois, elle est limitée par les paroles de saint Paul sur la punition éternelle des méchants au jour du Seigneur**. Nous sommes ainsi placés entre deux assertions dont la conciliation nous échappe dans la théologie de TApôtre. Il associe la nature ellemême aux consommations de la rédemption; il nous la montre soupirant, elle aussi, après la délivrance des enfants de Dieu", et il nous fait entrevoir une sorte

1 1 Thess. II, 14-!18.

2 1 Cor. XV, 42-43.

3 1 Thess. IV, 13-16. L'idée d'une première résurrection n'a aucun fondement dans les épîtres de Paul. Le passage 1 Thess. IV, 16, n'y fait aucune allusion. npwTWÇ (premièrement) s'applique aux chrétiens déjà morts qui ressusciteront avant que les chrétiens encore vivants ne soient transmués; mais les deux faits se passeront le même jour. Le jugement est appelé 7:apO'Jt;îa (1 Thess. 11, 19; voir 2 Tim. IV, 1, où il est dit que Jésus-Christ doit juger les vivants et les morts en son apparition).

* 2 Cor. V, 10 ; 2 Tim. IV, \ ; Rom. II, 5.

^ "iva ^ ô Oscç xà -Kavta èv r^ÔLivt. (1 Cor, XV, 28.)

6 "OXsOpov aiwvtov. (2 Thess. I, 9.)

" Ilaca 'q /.ti'ciç cucTôvâi^et xat cuvwâivec à/^pi toîj vîiv. (Rom. VIll, 22.)

J60 SOUPlll DES CREATURES VERS LE RETABLISSEMENT.

de résurrection du monde matériel, devenu le séjour glorieux d'une humanité glorifiée.

Les Yues de l'Apôtre sur la proximité de cette dernière période de l'histoire, inaugurée par le retour personnel de Jésus-Christ, semblent avoir subi quelques modifications. Dans la première phase de sa carrière apostolique, il pense avec tous les chrétiens d'alors que bien peu d'années le séparent du jour du Seigneur; il est même persuadé qu'il le verra de son vivant'. Plus tard, dans les prisons de Rome, au moment de sceller de son sang son témoignage, il reçoit des lumières nouvelles. On n'a qu'à lire sa lettre aux Philippiens pour s'en convaincre -. Avant de mourir, il a compris que des siècles seraient accordés à l'Eglise pour poursuivre son œuvre, et pour ensemencer le vaste champ ouvert à ses missions. Cette exposition de la doctrine de Paul, nous fait déjà pressentir la solution donnée par lui à la grande question du rapport des deux alliances. Nous avons vu qu'il reconnaît pleinement la valeur divine et pédagogique de l'Ancien Testament', mais il ne le considère que comme l'ombre et le type du salut dont l'Evangile nous apporte la réalité^. Il oppose la loi nouvelle à la loi ancienne^. La loi ancienne, qui comprend tout l'ensemble des institutions mosaïques, était extérieure; c'était la loi de la lettre, la loi des préceptes réglant la vie avec détail, mais ne pénétrant pas au dedans de l'homme. Elle était gravée sur la pierre, mais non dans l'âme; et elle demeurait extérieure à l'homme, parce qu'elle exerçait

» 'U\).€iz cî ÇwviTcç. (1 Thess. IV, 15.) — « Philipp. I, 20-25. 3 Gai. III, 19-23 ; IV, 1-6. - * Coloss. II, 17. — s 2 Cor. lll, 6-9.

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