‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 402 sur 613 · L'ÉVANGILE DE LUC. ■IGS · texte numérisé non relu

L'ÉVANGILE DE LUC. ■IGS

lemeiitle fond de la tradition évaiigélique, qui nous a été conservé par le quatrième évangile, et qu'étant d'ailleurs si près de la source il y a puisé abondamment. Il cite en effet des paroles du Maître qui ne se trouvent que dans ses écrits*. Paul n'a point dépassé la pensée de celui qui a dit : Je suis la vérité. L'Esprit divin lui en a fait discerner les plus importantes applications; éclairé par une révélation spéciale, il a résolu définitivement la grande question du rapport des deux alliances, et il a conquis, aussi bien par sa puissante dialectique que par son activité missionnaire, l'indépendance complète du christianisme. Il l'a fait reconnaître comme la religion définitive, « qui a abattu le mur de séparation entre l'homme et Dieu » et abaissé en même temps toutes les barrières entre les hommes, la religion de l'humanité rachetée par le sang de la croix. Jésus- Christ était mort pour la fonder, et Paul en la prêchant a été le plus fidèle et le plus docile de ses disciples.

§ V. — L'évangile de Luc et l'épi tre aux Hébreux.

L'évangile de saint Luc porte la trace évidente de l'esprit de saint Paul. Il fait ressortir de préférence le côté miséricordieux de l'œuvre et des enseignements du Maître. C'est chez lui qu'on trouve les belles paraboles de la brebis perdue et de l'enfant prodigue ^ Il a soin de rappeler le choix des soixante et dix disciples^, qui, par leur nombre symbolique, figuraient non pas siraple-

> 1 Cor. VII, 10; Actes XX; 35, — « Luc XV. — ' Luc X, L

ment, comme les douze apôtres, les tribus d'Israël, mais les divers peuples de la terre ! Il fait remonter la généalogie de Jésus-Christ à Adam, tandis que Matthieu s'arrête à Abraham. Il est impossible de ne pas reconnaître à ces divers traits la grande pensée de saint Paul sur l'abrogation des distinctions de nationalités devant la croix. Le livre des Actes des apôtres est évidemment écrit au même point de vue. L'historien sacré s'attache surtout à peindre la vie et l'activité du grand missionnaire dont il fut le disciple; on sent qu'il est tout pénétré de sa doctrine comme aussi de cette largeur conciliante, qui chez Paul s'associait à la vigueur d'une polémique irrésistible. Luc se plaît à montrer que les apôtres ont marché de concert dans leur œuvre.

Nous avons déjà reconnu dans i'épître aux Hébreux un écrit sorti, si l'on peut ainsi dire, de l'école de saint Paul*. Elle renferme les principales idées de sa théologie, mais elle les présente sous un jour particulier, et en tire des applications entièrement neuves. Cette lettre adressée, comme nous l'avons vu, à des chré tiens judaïsants, est destinée à relever la gloire de la nouvelle alliance; et à montrer sa supériorité sur l'ancienne économie. L'auteur compare d'abord Moïse à Jésus-Christ, et il n'a pas de peine à prouver qu'une distance infinie sépare le prophète par excellence d'Israël du Fils de Dieu, puis il établit un parallèle entre les résultats obtenus par la loi et ceux qui nous sont assurés par l'Evangile; il est ainsi amené à une comparaison détaillée

' Voir 11' beau Coinmoritairc rie Blcek^ Dcr Brkf an die Hebrxer.

TYPE DOCTRINAL DE L liPlTUli AUX UEliUEUX. 107

du sacerdoce juif avec le sacerdoce éternel du ClirisL. L'épître se termine par des exhorlations souvent sévères, toujours admirables. Les trois derniers chapitres sont incontestablement au nombre des portions les plus belles, les plus émouvantes du Nouveau Testament.

On reconnaît de suite que l'auteur de l'épître aux Hébreux a une connaissance approfondie de la religion hébraïque; il eu pénètre les symboles et les types, et il tire UD grand parti d'une exégèse à la fois hardie et savante. On retrouve à chaque page les traces du judaïsme d'Alexandrie, mais transfiguré par l'Esprit de Dieu, comme le rabbinisme de Gamaliel l'avait été chez Paul. L'auteur insiste avec non moins de force que l'Apôtre sur la haute dignité de Jésus-Christ. Il déclare qu'il est bien supérieur aux auges ; il lui donne le nom de Dieu. Il est le Fils, la splendeur de sa gloire, l'image empreinte de sa personne * . Ces expressions se rapprochent d'une manière frappante des formules de saint Jean sur le Verbe; elles sont plus explicites que celles de Paul. L'auteur de l'épître aux Hébreux a insiste d'une manière très-belle et très-touchante sur l'abaissement du Fils de Dieu. « Il a fallu, dit-il, qu'il fût semblable en toutes choses à ses frères, afin qu'il fût un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans tout ce qu'il fallait faire auprès de Dieu pour expier les péchés du peuple -. » L'idée de la rédemption est clairement formulée. Jésus-

1 Héb. 1, 4,8 ; III, G ; 1, 3, 'Â'ica6Ya(7[i.a vf]q S6^-r]ç -/.al xapaxr/jp t^; « Héb. llj 17.

Christ n'est pas seulement notre souverain sacrificateur, il est encore la victime par le sang de laquelle nous avons la paix. Ce sang crie de meilleures choses que le sang d'AbelV Ce sacrifice du Sauveur est un sacrifice parfait, qui ne doit pas être renouvelé : sa perfection résulte de la sainteté sans tache de celui qui l'offre-. Le sang de la croix n'est pas seulement la garantie de la promesse de Dieu ; il abolit encore le péché^. Le sacrifice rédempteur nous ouvre l'entrée dans le vrai sanctuaire où notre souverain sacrificateur règne éternellement''. A tous ces égards, la nouvelle alliance est incomparablement supérieure à l'ancienne. Cette notion du sacrifice du Calvaire ne contient aucun élément qui ne soit déjà renfermé dans la doctrine de saint Paul. La souffrance y est non moins étroitement liée à la sainteté; seulement le parallèle constant que l'auteur de l'épître aux Hébreux établit entre le mosaïsme et la nouvelle alliance, l'amène à faire un plus fréquent usage de la langue de l'Ancien Testament, et à accentuer davantage ce que nous appellerons le côté sanglant du sacrifice de la rédemption. S'il aflSrme avec non moins d'énergie que Paul l'abolition de cette ancienne loi, « qui n'a rien amené à la perfection'^, » il n'a pas conçu avec autant de profondeur son rôle pédagogique. Il y voit avant tout l'ombre des biens à venir", le type des bénédictions, en partie déjà répandues sur les chré-

1 Héb. XII, 24. — « Héb. VII, 27; IX, 26. 3 Héb. IX, 19, 20-26. Ei^ àGéxvjciv à[JLapT(aç. * Héb. IX, 24. — » Héb. VII, 19.

« Héb. X,l.

tiens, en partie réservées à l'Eglise triomphante dans les tabernacles éternels. La question de l'appropriation du salut n'est pas non plus traitée avec les riches développements des épîtres aux. Romains et aux Ephésiens. Toutefois, nous ne saurions admettre que l'écrivain sacré fasse consister la foi dans une simple persuasion de l'intelligence, surtout quand nous considérons avec quelle insistance il prêche la sainteté ^ .

Etablir que sous l'économie de la grâce la justice de Dieu conserve tous ses droits, montrer que la loi d'amour a une sanction d'autant plus redoutable que la miséricorde de Dieu a été plus infinie-, rappeler que le Dieu des souveraines charités est aussi un feu consumant', prouver enfin que la supériorité de la nouvelle alliance sur l'ancienne rend la rébellion plus coupable, en attendant qu'elle soit plus sévèrement châtiée : tel est le fond des exhortations qui terminent l'épître aux Hébreux. L'auteur va même jusqu'à placer les hommes de la noivelle alliance sous la menace d'une chute irrémissible, tant il craint que, par une afTreuse profanation de l'amour de Dieu, le pécheur ne confonde la grâce avec l'impunité '*. La tendance de Paul se rapproche ainsi de plus

' M. Reuss (t, II, p. 132) s'est trop exclusivement attaché à des passages comme Héb. XI, 1. La fin du chapitre, qui montre dans la foi la source de l'héroïsme religieux, est le commentaire de ce passage.

8 Héb. 11,11-13.

» Héb. XII, 29.

5 Nous ne pouvons donner une autre interprétation au passage Héb. VI, 4-8. Le texte est précis et ne peut être tourné. Qu'on pèse la portée d'expressions comme celles-ci : qui ont goûté le don céleste ; qui ont été fait? participants de V Esprit. L'écrivain sacré no dit pas que cette possibilité se réalise; mais il la met devant nos yeux.

170 'JYPE DOCTRINAL DE L'ÉPlïRE AUX HEBREUX.

eu plus de la tendance de Jacques, et aboutit au même résultat. Toutes les nuances dogmatiques se fondent et s'harmonisent; F unité du dogme apostolique se maintient intacte.

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