RÉACTION JUDAÏQUE EN GALATIE
cession coupable à l'apôtre Pierre et acquérir une influence étonnante dans ce foyer de la grande mission chrétienne. Mais tout porte à croire qu'ils n'y ont pas exercé une action durable, et que l'Eglise d'Antioche a conservé son type primitif. Le judéo-cliristianisme ne s'est vraiment constitué qu'au sein des Eglises de Galatie, de Corintlie et de Philippes ; mais s'il a réussi à y provoquer de violentes disputes, il n'y a pas triomphé. Il a pu les troubler comme un levain d'amertume, mais il ne les a pas façonnées à son image, et il a été partout vaincu par l'irrésistible polémique de saint Paul.
Nous avons peint le premier enthousiasme des Galates pour l'Apôtre, qui leur avait annoncé l'Evangile. Cédant encore une fois à cette mobilité d'impressions vraiment extraordinaire, ils se laissèrent bientôt séduire et comme ensorceler par les prédications des faux docteurs, ennemis déclarés de Paul. Ces faux docteurs, quoique imbus de tous les préjugés judaïques, ne paraissent pas avoir été Juifs de naissance'. C'étaient des prosélytes, portant un attachement fanatique au mosaïsme, semblables à ces hellénistes qui avaient dénoncé Etienne au sanhédrin. Ils n'avaient embrassé le christianisme qu'en apparence, et ils essayaient de l' étouffer sous les prescriptions légales. Ou a voulu voir en eux des émissaires de Pierre et de Jacques, en se fondant sur ce qu'ils se réclamaient de leur autorité^. Mais il est évident que, par leur violente inimitié contre saint Paul, ils se mettaient eu opposition avec les apôtres de Jéru-
1 Oî TrapiTÊtpi.rjixévoi. (Gai. VI, 13.)
2 Schwegler^ Nachapost. Zeit., l, 16.
LES FAUX DOCTEURS DE GALATIE. i 79
salem, qui lui avaient teudu une main fraternelle. D'après cette même lettre aux Galates, seul document sur lequel on s'appuie pour établir une division dans l'apostolat, ces faux docteurs s'efforçaient de ruiner l'influence de Paul; ils lui contestaient son autorité, ils voulaient le réduire à une position subordonnée visà-vis des premiers témoins de Jésus-Christ ^ Ils ne se contentaient pas d'insister sur l'observance de la loi auprès des Juifs de naissance ; mais ils voulaient en imposer le joug aux païens convertis. Ils faisaient de îa circoncision et des pratiques légales la condition essentielle et universelle du salut". Ils rejetaient ainsi les arrêtés du concile de Jérusalem ; ils se plaçaient en dehors de l'Eglise apostolique; ils annonçaient en réalité icn autre Evangile^. Il est facile de mesurer la distance qui les séparait des chrétiens judaisants de Jérusalem. Ces derniers, en reconnaissant avec Jacques que les païens convertis pouvaient ne pas être astreints à la circoncision, reconnaissaient par là môme que ce rite avait perdu sa valeur absolue, et qu'il était au fond inutile pour le salut, puisqu'on ne saurait admettre que les païens convertis eussent été dispensés d'une pratique vraiment nécessaire à leur entrée dans le royaume de Dieu. La foi au Seigneur Jésus demeurait la seule condition absolue de la conversion, ainsi que Pierre l'avait déclaré dans son discours de la Pentecôte''. Il n'en était plus de même, une fois que la circoncision était élevée à îa hauteur d'une obligation universelle et permanente. Le
1 Gai. 11,7, 8. — 5 Gai. V, 2,3; VI, 12.
3 Eï; STSpGv e'jxYYéX'.ov» (Gai. I, 6.) — * Aclcs II, 38.