CETTE ÉGLISE REVIENT A SAINT PAUL
christianisme n'était plus qu'un complément du judaïsme. L'Evangile était bouleversé ou plutôt déchiré. Ainsi, les faux docteurs de Galatie étaient des novateurs et des sectaires. Ils avaient pu par surprise acquérir, dans une jeune Eglise, un dangereux ascendant, répandre le fiel qui remplissait leur cœur% pousser de timides chrétiens à demander la circoncision pour échapper au?: opprobres de la croix et a la persécution ^. Mais leurs succès ne furent que momentanés. En effet, nous voyons que l'Eglise de Galatie, à la fin de la carrière de Paul, s'était de nouveau placée sous son influence. Il écrit à Timothée, dans sa seconde lettre, qu'il y envoie Crescens, un de ses compagnons, sans doute pour y remplir la même mission que Tite en Dalmatie et que Timothée lui-même à Ephèse ^ La lettre de Pierre, qui remonte à la même époque, est adressée aux chrétiens de Galatie et des contrées environnantes. On est en droit d'inférer du ton qui y règne que les Eglises auxquelles il écrit sont dans un état prospère. 11 ne leur adresse aucun reproche, il ne discute pas avec elles comme il Teût fait, si elles eussent été dominées par de faux docteurs. Il expose les vérités capitales de l'Evangile sans commentaire, comme étant assuré d'être compris : la persécution est imminente en Galatie, et la fournaise est déjà allumée ''. Les chrétiens de ces contrées en avaient ressenti les effets salutaires et le feu purifiant avait consumé l'ivraie. Eux aussi portaient sur leurs corps les flétrissures de Jésus-Christ*.
î Gai. V, 15. - ' Gai. VI, 12. —s 2 Tim. IV, 10. - * 1 Pierre IV, 13. 8 Gai. VI, 27.
LES FAUX DOCTF.URS A PHILIPPES. l!sl
Si doue le judéo-christianisme s'est constitué au milieu d'tjux, il n'y a pas pris racine. Il a pu provoquer une crise, mais une crise passagère. Toutefois, il reste dans l'air à l'état d'idée flottante, et le moment viendra où il deviendra une hérésie organisée.
Nous retrouvons les faux docteurs JLidaïsants dans une Eglise qui est certaiuement la plus prospère de celles qu'avait fondées saint Paul. Formée dans de graves et difficiles circonstances, éprouvée de bonne heure par la persécution, mûrie par de longues souffrances % l'Eglise de Philippes se signala par sa fidélité courageuse et son invariable attachement à Ja personne de Paul. Elle lui en donna des preuves nombreuses, en lui envoyant à plusieurs reprises des dons généreux-. Toutefois les avertissements de l'Apôtre font supposer que l'orgueil et l'esprit de rivalité commencent à percer à Philippes^. Il est certain que quelques germes de division, quelques racines d'amertume s'y étaient implantés'*. Les fauteurs du judéo-christianiiîme y formaient une imperceptible minorité, mais ils cherchaient à racheter leur petit nombre par leur fanatisme; aussi saint Paul les traite-t-il avec une sévérité inaccoutumée : « Donnez-vous garde, écrit-il aux chrétiens de Philippes, des chiens ; donnez-vous garde des mauvais ouvriers; donnez- vous garde de la fausse circoncision ^. »
Les faux docteurs de Philippes unissaient à leur léga-
1 Philipp, 1, 27,28. -2 Philipp. IV, 14, 15.
» Pfiilil.p. Il, 2.— <• Philipp. IV, 2.
' Littéralement : de lu mulitalim f-r,v ■/.y-y-yir-i) . (Philipp. 111,2.)
182 IDÉE? MILLÉNAIRES A THESSALONIOUE.
lismc une certaine immoralité qui allait jusqu'au plus grossier matérialisme', prouvant ainsi que, quand la religion est mise dans les formes et les cérémonies extérieures, elle n'a aucune action sur le cœur et sur la \ie, et que le bigotisme s'associe parfaitement à la corruption. Ils ne purent ébranler, à Philippes, l'autorité de saint Paul; ils n'y réussirent pas. davantage à Thessalonique. L'Eglise fondée dans cette ville fut l'un des joyaux de la couronne du grand missionnaire ■. Elle se distingua promptement par sa piété, par sa charité, par sa fermeté dans les afflictions'. Peut-être faut-il attribuer à l'influence des idées juives la manière fausse et exagérée dont l'enseignement de l'Apôtre fut compris par quelques chrétiens. Quelques membres de l'Eglise de Thessalonique, surexcités par une interprétation erronée de la prophétie évangélique, s'étaient placés en dehors des conditions normales de la vie actuelle, en renonçant à leurs occupations ordinaires et même à tout travail, sous prétexte d'attendre le retour du Seigneur^. C'était une première manifestation des idées millénaires si répandues au second siècle et si profondément pénétrées d'éléments judaïques.
Le judéo-christianisme n'avait pas manqué de se transporter dans la grande métropole du monde antique. Il avait essayé de se glisser dans l'Eglise de Rome, et il y avait continué ses sourdes menées et ses intrigues. Mais c'est à tort qu'on lui attribue l'honneur d'avoir fondé cette importante Eglise et de l'avoir modelée à son
1 Philipp. III, 18. — 2 2 Thess. I, 4. - 3 1 Thés?. III, 6. * 1 Thess. IV, 11; 1 Thess. II, 2; III, 10.
LES païens convertis EN MAJORITÉ A ROME. 483
image ^ Il suffit de lire l'épître aux Romains pour se convaincre que les païens convertis étaient en majorité parmi ceux auxquels saint Paul s'adressait. Il leur écrit comme étant du nombre de ces gentils auprès desquels il a été spécialement envoyé". Il parle du peuple juif à ses lecteurs d'une manière toute générale, qui fait supposer qu'ils n'en font pas partie^. Enfin les noms romains abondent dans les salutations qui terminent la lettre. Les Urbamis^ les Appelles, les Hérodion, les Rufus et les Hermas n'appartenaient pas à coup sûr à la synagogue. Nous ne nions pas qu'un certain nombre des chrétiens de Eome fussent sortis du judaïsme. La colonie juive de cette ville avait une très-grande importance ""'; elle avait son quartier à part, et, malgré le mépris dont elle était l'objet, elle avait recruté beaucoup de prosélytes. Il est probable que l'Evangile fut à Eome, comme partout, prêché d'abord dans les synagogues, et qu'il y gagna quelques adhérents, tout en rencontrant un accueil beaucoup plus empressé auprès des païens. On ignore quel fut le premier missionnaire qui annonça Jésus-Christ dans la capitale de l'empire; il est seulement prouvé, comme nous l'avons vu, que ce ne fut pas l'apôtre Pierre. L'Eglise de Rome fut fondée, comme Antioche, par la prédication de simples évangélistes. Elle n'exerça à ses débuts aucune influence prépondérante, malgré l'assertion des écrivains catholiques'^; elle s'accrut considérablement pendant le séjour de saint Paul.
1 VoirBaur, ouvrage cité, p. 59; — Schwegler, ouvr. cité, t. I, p. 167. « Rom. 1,6; XI, 13. — » Rom. X, 1. — * Josèphe, Ant.,in, 3. 5 Voir l'abbé Cruico, Efurfe sur les Plnlosopfioumena,ç. 238.