L'ÉGLISE DE CORINTHE
L'effroyable persécution déchaînée contre elle sous Néron révèle la grandeur de ses progrès. Elle n'avait pas été il l'abri des déchirements; les judéo-chrétiens fanatiques avaient cherché à contre-balancer le crédit de leur puissant adversaire. Ils avaient essayé d'ajouter un surcroît d'afflictions à sa captivité ', mais ils avaient échoué honteusement dans leur tentative, car nous verrons l'influence de Paul prédominer à Rome d'une manière presque exclusive pendant un siècle entier.
C'est à Corinthe que le judéo-christianisme livra sa grande bataille contre l'apôtre des gentils. Il y trouva un milieu favorable pour se développer. Ces Grecs convertis avaient apporté dans l'Eglise l'esprit subtil et mobile de leur race; leur ancienne nature était imparfaitement domptée. Grands disputeurs, ils aimaient à disserter sur l'Evangile comme autrefois quelques-uns d'entre eux l'avaient fait sur la philosophie. L'Eglise de Corinthe avait reçu en abondance les dons du Saint-Esprit, et spécialement les dons les plus brillants, ceux qui portaient davantage un caractère merveilleux; elle en avait tiré un grand orgueil et elle était dans cette disposition dangereuse où l'on cherche bien plus à exploiter la vérité dans l'intérêt de sa propre gloire, qu'à la servir avec humilité et fidélité -. On comprend quelle influence durent promptement y acquérir les faux docteurs que nous avons vus, en Galatie, déployer tant d'habileté et de passion. De violentes discussions furent soulevées par eux à Corinthe ; la piété et la charité se refroidirent, et
1 Philipp. hi6. — 5 1 Cor. IV. 18-20.
i;i:r,i.isE de corinthe. 185
la voix de Dieu se perdit en quelque sorte dans ce bruit confus de paroles discordantes. De graves désordres furent la conséquence de cet état de choses. Le lien de la fraternité était rompu par l'esprit de rivalité et d'orgueil. Aussi les chrétiens de Corinthe se mirent à discuter leurs intérêts temporels avec autant d'aigreur que leurs idées particulières ; ils engagèrent entre eux des procès et les portèrent devant les tribunaux païens * . Le sentiment de l'égalité des croyants devant Dieu s'affaiblit dans la même proportion que la fraternité chrétienne. Les distinctions mondaines tendaient à reparaître, non-seulement à l'heure du culte, comme dans les Eglises si sévèrement flagellées par la parole indignée de Jacques, mais encore dans ces repas destinés à effacer toute différence de rang et de position entre les chrétiens. Les riches venaient étaler leur profusion aux tables de i'agape, et insulter en quelque sorte à la pauvreté de leurs frères indigents au lieu d'y suppléer^. Enfin, juste châtiment de cet orgueil, d'affreux scandales déshonoraient l'Eglise de Corinthe. Les vices les plus honteux du paganisme y avaient fait invasion; elle allait même jusqu'à tolérer un incestueux dans son sein \ Tous ces désordres étaient en définitive les fâcheux effets de l'esprit de division qui avait atteint à sa source même la piété des Corinthiens. D'après la première lettre que saint Paul leur adressa nous voyons que quatre partis étaient en présence au milieu d'eux, le parti de Paul et celui d'Apollos, le parti de Céphas et celui de Christ *.
1 1 Cor. VI, 1. - M Cr. XI, 20,21.-31 Cor. V, 1. — * 1 Cor. 1, 12.