VI\I'I DE CHRIST
comme en Galatie, à dénier à Paul ses titres à 1 apostolat. Il n'y avait pas de plus sûr moyen de ruiner son œuvre ; car une fois son autorité écartée, il devenait facile de faire revivre les préjugés juifs, et Pierre n'était pas là pour démentir ceux qui le faisaient parler. Les ennemis de Paul mirent tout en œuvre pour détacher de lui les Corinthiens. Ils paraissent avoir à Corinthc plus qu'ailleurs dirigé leurs coups contre sa personne, car son apologie porte plus sur lui-même que sur sa théologie; on voit qu'il a été attaqué sur tous les points à la fois. Les faux docteurs avaient cherché d'a- Ijord à jeter de la défaveur sur la simplicité un peu nue de son enseignement; ils s'étaient même raillés de sa faiblesse corporelle et de ses souffrances. « Ses lettres, disait-on, sont à la vérité graves et fortes, mais la présence de son corps est faible et sa parole est mépris sable ' . » Non contents de contester son apostolat au point de vue légal, ses détracteurs l'avaient contesté au point de vue moral et chrétien en dénigrant ses travaux missionnaires -, arrachant à sou humilité cette protestation énergique : « J'estime que je n'ai été en rien inférieur aux autres apôtres \ »
Paul mentionne un quatrième parti , qu'il appelle le parti de Christ *. On a voulu y voir une simple fraction du parti de Céphas, qui se serait distinguée par un fanatisme judaïsant dépassant toute mesure ^. Mais il est im-
> 2 Cor. X, 11. — 2 2 Cor. XI, 22, 24. - ^ 2 Cor. XI, 5. » 'E7W cï Xc'.STCJ. (1 Cor. [, 12.)
* Schwegler, Nuchapo'it. Zeil., \, ICI. — Baiir, Bas Cliri^t. der drei erst. Ja/ii/t., 57, 58. — Reiiss, Gesr/iic/itp des N. T., p. 55.
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possible de tracer une ligue de démarcation un peu uette entre deux tendances si semblables. Il n'est pas de secte qui n'ait ses partisans modérés et ses disciples exaltés, et s'il fallait donner des noms diflérents à ces nuances, les subdivisions se multiplieraient a l'infini. D'autres théologiens ont vu dans le parti de Chriîst un parti exclusivement païen, formé de Grecs convertis qui cherchaient à transplanter les spéculations de la philosophie dans l'Eglise, et qui, rejetant dédaigneusement l'autorité apostolique, prétendaient avoir seuls compris la pensée de Jésus-Christ et relever directement de lui *. Mais cette explication ne repose sur aucun fondement; la désignation du parti de Christ indique une origine hébraïque ; on concevrait difficilement qu'une tendance helléniste eût donné ce nom théocratique au Seigneur. Il nous semble que sans recourir à une troisième hypothèse aussi peu fondée, celle d'un mysticisme transcendant qui aurait prétendu à une communication directe par visions avec le Seigneur -, on peut combiner heureusement les deux premières.
Le parti de Christ est bien d'origine juive, mais il appartient à ce judaïsme éclectique de l'époque, pénétré d'éléments païens et plus ou moins altéré par le dualisme oriental. Il est notoire que dans ces temps de syncrétisme universel un grand nombre de juifs, soit à Alexandrie, soit en Judée, soit ailleurs, avaient subi fortement l'influence des idées étrangères. Nous en
» Néander, Pflanz., t. I, p. 383.
' De Wette, Comment, in Corinth. Brief. Einleit., 3, 4.— Schenkel,/nquisitio critica historien de Eccles. Corinifi,, p. 90.