PARTI DE CHRIST
ciYous déjà fourni des preuves abondantes, et nous en trouverons de nouvelles dans l'étude des hérésies de Colosses et d'Ephèse. Or Paul nous apprend qu'une fraction de l'Eglise de Corinthe professait les principes d'un faux spiritualisme au sujet de la résurrection des corps', et inclinait à l'ascétisme absolu dans le mariage ^. Ces opinions procédaient d'un dualisme plus ou moins conséquent. Ces chrétiens ne pouvaient appartenir ni au parti de Paul, ni à celui d'Apollos, ni surtout à celui de Pierre, car rien n'était plus opposé au légalisme pharisaïque. Nous sommes fondés à reconnaître en eux le quatrième parti désigné par l'Apôtre comme parti de Christ. Il avait probablement pris ce nom sacré pour établir sa supériorité sur tous les autres; peut-être queiques-uus de ses adhérents se vantaientils d'avoir été en relation directe avec le Seigneur ou bien s'appuyaient-ils sur quelque fragment de ses discours mal compris et détournés de leur vrai sens. Ainsi dans cette mêlée des disputes de l'Eglise de Corinthe, toutes les erreurs s'entre-choquaient. Les racines d'amertume, qui devaient plus tard porter tant de fruits mortels, s'étaient implantées sur ce sol fertile, dont l'ancienne culture, rafïïnée et brillante, était encore imparfaitement renouvelée par l'esprit de Dieu.
Les lettres de Paul aux Corinthiens eurent les résultats les plus heureux. Déjà dans la seconde on voit qu'il a ressaisi la direction des esprits dans cette Eglise qui lui
1 « Comment quelques-uns d'entre vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection? » (1 Cor. XV, 12, 38.)
2 1 Cor. VII, 1-4.
DEFAITE DC JUDEO-CHRlSTIANlSxME A CORINTHE. 191
devait tant de reconnaissance. Son désintéressement héroïque, qui le poussait à refuser tout secours d'argent dans la crainte de prêter le moindre prétexte à ses accusateurs; ses paroles, tantôt embrasées du feu de sa charité, tantôt trempées de ses larmes, tantôt acérées comme un glaive de Dieu ; ses souffrances surtout, peintes par lui avec une éloquence si émue; tout ce que renferment et rappellent ses inimitables lettres, lui ramena le cœur des Corinthiens. Comment auraient-ils résisté à des appels comme ceux-ci : « Je n'écris pas ces choses pour vous faire honte, mais je vous avertis comme mes chers enfants ; car quand vous auriez dix mille maîtres en Jésus-Christ, néanmoins vous n'avez pas plusieurs pères, car c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus- Christ par l'Evangile \ » Le parti judéo-chrétien fut vaincu à Corinthe comme à Philippes et en Galatie. Aous avons ainsi réduit à sa juste valeur l'assertion que l'E* glise du premier siècle aurait été divisée en deux fractions à peu près égales, qui auraient eu chacune à leur tête des apôtres, et qui, pour ne pas pousser la rupture et la lutte jusqu'aux derniers scandales, auraient été forcées de se rapprocher l'une de l'autre par une série de combinaisons diplomatiques. Le judéo-christianisme n'a été vraiment puissant que pendant la période où il n'avait pas conscience de lui-même avant que la question de l'universalisme chrétien eût été posée. 3Iais depuis le concile de Jérusalem il n'a eu aucun apôtre pour le défendre, tous ont admis l'abrogation de la circonci-
» 1 Cor. iV, 14, 15.