DUALISME ASCÉTIQUE
sort ave* évidence des divers traits par lesquels saint Paul nous les fait connaître. Ils sont Juifs d'origine et ils ont la prétention d'être versés dans la connaissance de la loi ' . Ils se distinguent par leur austérité apparente. Ils chargent les chrétiens de préceptes ascétiques, leur disant sans cesse : Ne mange point de ceci, n'en goûte pas, n'y touche pas '^. Ils se donnent ainsi quelque air de sagesse en n'épargnant point le corps. Semblables au parti de Ciirist à Corinthe, ils condamnent le mariage ^ et ils arrivent par une conséquence naturelle de leurs principes à nier la résurrection des corps, et à prétendre qu'il n'y a pas d'autre résurrection que celle de l'âme renouvelée par Jésus Christ *. Cet ensemble de vues procédait évidemment d'une philosophie dualiste qui assimilait la matière au mal. Ces hérétiques ne se contentaient pas de mettre le dualisme en pratique, ils le formulaient et ils s'eiforçaient de lui donner une base spéculative; ils s'occupaient de fables et de questions folles, roulant sur la doctrine des anges*. Nous savons déjà par le système de Simon le Magicien que la doctrine des anges s'associait à une théorie d'émanation encore confuse et incomplète. Nous reconnaissons dans
sur Tite 1,10 ((j-âAtaxa y. iv. 7:£p'.TC[J.%), mais il n'est question dans ce passage que d'une seule hérésie judaisante; 2° deux hérésies à Ephèse, une déjà fornnée et une en préparation (2 Tim. III, 2) ; mais Paul parle évidemment des développements d'une seule hérésie.
1 Noij.co'.$âs7.a/,i'.. (1 Tiin. I, 7.) Les hérétiques de Colosses sont aussi des Juifs. (Coloss. II, 16.)
2 Coloss. II, 21. Comp. Tite 1, 15.
» Kwy.'jcvTWV YaixeTv. (l Tim. IV, 3.)
* Aé^ov-veç Trjv àvaataci'.v tjo-^ ^(t-(6vt'/x'.. (2 Tim. II, 18.)
» ÎTim. 1,4; 2 Tim. IV, 4; Coloss. II, 18.
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ces vaines spéculations cette science faussement ainsi nommée condamnée par l'Apôtre'. Ces hérétiques imitaient aussi Simon le Magicien en exploitant à leur profit les saintes Ecritures et en les tordant pour en tirer la confirmation dcleurs idées favorites. Ils interprétaient allégoriqiiemcnt la partie historique de l'Ancien Testament et couvraient ainsi leurs erreurs monstrueuses d'un voile sacré ^
< 1 Tim. VI, 20.
* C'est le sens que nous donnons aux mots généalogies qui n'ont point de fin (1 Ti;n. I, 4). On a voulu y voir les généalogies des Eons, dans le système émanatiste; mais cela supposerait un gnosticisme beaucoup plus avancé que celui qui nous est ici dépeint. Mangold établit que jamais le mol de généalogie n'a été pris dans ce sens dans les systèmes gnosfiques. Il cite, après Daehne, un passage de Phiion qui justifie notre interprétation. Philon, en effet, après avoir divisé le Pentaleuque en deux parties, la première concernant les lois et les ordonnances, et la seconde les documents historiques, établit encore dans cette dernière deux sous-divisions : la partie historique propremrnt dite et la partie généalogique : Elùv yyj TOJ Iz-op'.'/.yj, xb [xr,'/ r.iç,\ -zr^q tco •/.Ô(j\).0'j vevéaatoç, xb Be ysvea- \o'('.y.hf ' ToO c£ YsvcaXovf/.cy, xb [J-£V TCSpt y.oAa^cWÇ àaséwv, xb Bà aO ~tp\ xi[^/?iç Sf/.a((j)V. « Des généalogies, une partie porte sur les châtiments des méchants, et une autre sur les récompenses des justes. «Philon, De Vita contemplatif a, a. o. G. § 4.) Ainsi les généalogies, d'après lui, doivent servir à montrer le châtiment des méchants et la récompense des justes. Il est évident qu'elles ne peuvent le faire que quand elles sont interprétées allégoriquement. Or on sait que Philon trouvait dans les généalogies toute une psychologie. Les noms figuraient pour lui les états de l'âme (xpc-c. xr^ç 'j/uyyr,;) . II est facile de se représenter quel parti les héréiiques judaïsants pouvaient tirer des innombrables généalogies de l'Ancien Testament. Ce qui nous a décidé pour cette explication de Dœhne et de Mangold, c'est un passage des Plnlosophoumena non cité par le dernier, et qui renferme précisément un exemple de cet emploi mythique des généalogies de la part de ces hérétiques Ophites, que l'on peut regarder ( omme les successeurs immédiats des faux docteurs signalés dans les épîires pastorales. Nous y lisons ce qui suit : « Les Séthiens (une des nombreuses ramifications des Ophites) disent que Moïse appuie leur doctrine quand il dit que dans le paradis, Adam, Eve et le serpent étaient au nombre de trois, et quand il nomme Caîn, Abel et Seth, ou encore Sem,