‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 426 sur 613 · MÉLANGE DK JUDAÏSME ET D'ORIENTALISME · texte numérisé non relu

MÉLANGE DK JUDAÏSME ET D'ORIENTALISME

Ces idées devaient avoir des manifestations variées, partout où elles rencontreraient un sol favorable pour s'implanter, et quel sol eût été plus favorable que la province de Phrygie, au centre de laquelle l'Eglise de Colosses était placée? Les mystères de Cybèle on de la grande déesse, d'Athis, de Pan, de Bacchus, étaient inspirés par le panthéisme dualiste qui produisait à la fois le dévergondage le plus infâme et l'ascétisme effréné. Saint Hippolyte nous apprend que les hérésies du commencement du second siècle, c'est-à-dire les hérésies qui ont immédiatement succédé à celles que combat saint Paul, ont abondamment puisé dans ces mythes et ces mystères'. Il déclare en même temps que longtemps avant d'éclater elles ont couvé dans l'ombre. « Cette hydre, dit-il, qui a vomi tant de blasphèmes contre le Christ, a été cachée pendant de longues années^. » Le système de Simon le Magicien, qui remonte au même temps, était fortement imprégné d'éléments empruntés au panthéisme oriental, il nous paraît donc probable que les hérétiques de Colosses et d'Ephèse ont composé un mélange hybride desidéesjuivesetdes idées païennes. Il n'est pas possible de présenter un tableau exact de leur système. Il suffît de savoir qu'il poussait à l'ascétisme en s'appuyant sur un ramassis de vaines fables et sur des principes émanatistes, pour y reconnaître une sorte de gnosticisme anticipé. A de fausses et vaines

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FACHEUSES CONSÉQUENCES POUR LA VIE CHHÉTIENNE. ;2()o

spéculations l'apôtre Paul oppose la grande et fécon:!e spéculation chrétienne, celle qui n'admet d'antre intermédiaire entre Dieu et le monde que le fils éternel, qui est l'image empreinte de sa personne, « par qui et pour qui toutes choses ont été créées ' . » Il montre vaincues à la croix toutes les puissances malfaisantes par lesquelles la fausse gnose essayait de combler l'abimc entre la terre et le ciel -. Il s'attache surtout à signaler les dangers de l'hérésie au point de vue de la vie chrétienne. Il représente les faux docteurs se glissant dans les maisons, essayant de s'emparer de l'esprit des femmes, principalement de celles qui sont chargées de péché; poursuivant un but intéressé et cherchant à satisfaire à la fois leur orgueil et leur avarice ^.

L'immoralité cachée qui a toujours infecté le guosticisme apparaît ainsi dès ses débuts, et il se révèle à nous sous cette première forme qui n'a rien de systématique avec tous ses traits distinctifs, ses prétentions à la spéculation profonde qui aboutissent à des contes de vieilles; sa science vaine, qui apprend toujours sans jamais rien savoir; ses folles imaginations sur les anges, son mélange d'ascétisme et de libertinage. Il fut sans doute contenu par les sévères avertissements de l'Apôtre; mais de même que le judéo christianisme, il devait se relever des coups qui lui avaient été portés, coordonner ses éléments disparates, répudier son origine judaïque, et plus conséquent avec lui-même et mieux armé, engager contre l'Eglise une lutte redoutable.

' Coloss. I, IG. - 2 Coloss. II, 15. — 3 Tii.e I, II.

CHAPJTKE

CONSTITUTION DRS ÉGLISES PENDANT CETTE PÉniODE ^

^ \. — Principes généraux de l'organisation ecclésiastique.

Taudis que dans la première période de l'âge apostolique, la prédominance de l'élément miraculeux dans l'Eglise empêche celle-ci de se donner une organisation fixe, on peut, dans cette seconde période^, discerner les caractères essentiels de sa constitution. Ce qui n'avait été tout d'abord qu'ébauché, reçoit ses compléments nécessaires. L'idée même de l'Eglise est formulée avec une précision toute nouvelle. Tant que les chrétiens furent retenus dans les liens du particularisme juif, ils ne comprirent pas nettement qu'ils étaient appelés à former une société religieuse différant complètement de l'ancienne théocratie. Ils sentaient qa'un lien tout spé-

' L'ouvrage capital sur cette matière est : Kothe, Anfxnge der Cltristlichen Kirche. — Voir aussi l'ouvrage de Rilschl, Altcatholische Kirclie, et les diverses Histoires du siècle apostolique déjà citées. — Nous citons encore Bingham, Origines seu Antiquitates ecclesiasticuc. Halae, 1724. — Vitringa, De Synagog. vetere. — Ignatius von Antiochien uncl seine Zeit, sieben Zeadschreiben. Bunsen. Hamburg, 1847.

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