DISTINCTION DE L'ÉGLISE VISIBLE ET DE L'ÉGLISE INVISIBLE
cial avait été établi eiitre ceux qui avaient été baptisés au nom de Jésus Christ, mais ils se considéraient [)lutôt comme le véritable Israël que comme l'Eglise chrétienne. A mesure que le christianisme étendit ses conquêtes au sein du paganisme, les idées s'élargirent, et comme nous l'avons vu en esquissant la théologie de saint Paul, la vraie notion sur l'Eglise, l'idée du peuple « de franche volonté » recruté dans le monde entier, de l'humanité véritable reconstituée en Jésus-Christ, fut l'un des résultats les plus précieux de la mission apostolique. N'étant plus renfermée dans une seule ville, maiss'étant répandue eu dehors des murs de Jérusalem sur toute la surface du monde païen, l'Eglise ne pouvait plus être considérée comme liée à des conditions purement extérieures. Le fait spirituel se dégageait du fait matériel, et au travers des Eglises visibles, commençait à apparaître l'Eglise invisible, qui les dépasse toutes et demeure leur type idéal.
C'est cette Eglise invisible que Paul contemple des veux de la foi, quand il parle de l'épouse pure et sans tache du Christ ' ; elle seule possède l'unité de l'amour, si souvent rompue par la faute des diverses Eglises visibles ^. Certes, l'Apôtre connaissait trop bien les misères de ces Eglises, il avait sondé leurs plaies d'une main trop courageuse, pour reconnaître en aucune d'elles l'Eglise « glorieuse, sainte et irrépréhensible » dont il parle aux chrétiens d'Ephèse^. Celui qui signalait avec tant d'énergie les désordres qui avaient éclaté
1 Ephés. V, 13. — 2 Ephés. IV, 4, 5. — Ephés. V, 27.
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à Corinthe et à Colosses, au sein de communautés auxquelles il donne encore le nom d'Eglises, admettait évidemment la distinction entre l'Eglise visible et l'Eglise invisible. L'Eglise invisible formait à ses jeux « le corps de Christ, indissolublement uni dans toutes ses |iarlies, et tirant sa substance du chef divin. » Là où il trouvait des déchirements et des schismes, il ne pouvait reconnaître ce corps mystique dans sa constitution normale. Quand il écrivait à l'Eglise de Corinthe pour condamner ses divisions : « Christ est-il divisé ^?» — elle n'était pas pour lui l'image fidèle delà société idéale, où règne une union parfaite; il distinguait donc entre l'Eglise invisible et ces Eglises particulières, qui n'en reproduisaient les caractères qu'avec tant d'imperfection. La première est, pour saint Paul, l'Eglise telle que Jésus-Christ la veut, correspondant a son type; elle existe sur la terre dans la mesure où la foi véritable et la charité y existent elles-mêmes. Elle est le côté lumineux, céleste, de l'Eglise visible. L"EgIise invisible se retrouve par conséquent à des degrés divers dans chaque Eglise particulière, mais elle ne se confond absolument avec aucune.
D'après ces principes si simples, si incontestables, on se tromperait gravement en voyant dans l'Eglise primitive un vaste établissement hiérarchique, semblable à l'Eglise du quatrième siècle. Elle n'est point une Mère Eglise, Mater Ecclesia, imposant le joug de son unité extérieure à chaque Eglise locale. Cette idée est complètement étrangère au siècle apostolique. L'Eglise in-
1 Msijip'.cr-rr. o Xp'.7-d;. (1 Cor. I, 13.)