V2 L'ÉGLISE, SOCIÉTÉ DES CHRÉTIENS
nous avons au premier siècle une chrétienté véritable basée sur une foi commune, mais n'exerçant aucune pression, si ce n'est celle de la charité, sur les Eglises particulières, qui ont chacune leur physionomie et leur caractère distinct. On n'avait pas encore inventé cette Eglise impersonnelle, qui est autre chose que l'ensemble des Eglises locales et quela libre association des croyants, et qui, invoquant un droit divin arbitraire pour gouverner despotiquement le peuple do Dieu, n'a pas ses racines dans la foi individuelle. L'Eglise locale ou la congrégation, unie par un lien vivant à tous les chrétiens répandus dans le monde, voilà l'Eglise visible des temps apostoliques. La grande et sainte image de l'Eglise invisible s'aperçoit au travers des diverses Eglises locales, comme le soleil au travers des nuages qui l'obscurcissent; il faut, pour la contempler, s'élever au-dessus des misères et des imperfections qui se sont introduites dans ces Eglises. Les apôtres ne connaissent pas d'autre réalisation terrestre de l'Eglise que l'Eglise locale ou la congrégation *.
Ainsi comprise, l'Eglise ne peut être considérée que comme la société des chrétiens. Elle n'ouvrait sa porte qu'aux croyants ou du moins qu'à ceux qui professaient la vraie foi. Elle ne pouvait empêcher que de faux chrétiens ne se glissassent subrepticement dans son sein, mais en principe elle ne reconnaissait comme ses membres que ceux qui se réclamaient du nom de Jésus- Christ et témoignaient d'une foi personnelle. Tl suffit de
• « Die Kirchenverfassung war wesenllich Gemeindeverfassung. » (Bunsen, Hippohjtus, II, 152.)