LES DONS ET LES CHARGES
maine, pouvaient être discernés et repousses. « Otez le vieux levain, » écrivait TApôlre aux Corinthiens, en faisant allusion aux pécheurs scandaleux qui s'étaient glissés dans les rangs des chrétiens '.
§ II. Les dons et les charges.
Le sacerdoce universel était sérieusement réalisé dans les Eglises apostoliques -. Composées de croyants sincères, elles n'admettaient pas la distinction trop fréquente entre les membres actifs et les membres passifs. Tous les chrétiens étaient appelés à contribuer de leur zèle et de leur piété au bien général. Les charges existent, mais elles sont bien loin d'absorber entièrement l'activité de l'Eglise. Elles n'ont pas l'importance qu'elles acquerront plus tard, quand les dons du Saint- Esprit auront perdu leur caractère extraordinaire, et que l'élément surnaturel aura pénétré plus intimement l'élément naturel dans le chrétien. A cette période, l'organisation est constamment envahie par le miracle comme les rives d'un fleuve débordant sont couvertes par ses eaux trop impétueuses. La limite entre les charges ecclésiastiques et les dons accordés à tous les croyants est si peu marquée, que Paul les place sur la même ligne: « Dieu a établi, dit-il, dans l'Eglise, premièrement les apôtres, secondement les prophètes, en troisième lieu les docteurs, ensuite ceux qui ont le don
' 1 Cor. V, 7. Nous reviendrons à la question de la discipline aposto. lique quand nous parlerons de la sainte Cène,
' Voir d'excellentes remarques de Baur {Geschichte der dreierst. Jafirh., p. 248, 249.)
8<6 DES CHARISMKS.
des miracles, puis ceux qui ont les dons de guérir, de secourir, de gouverner, de parler diverses langues *. » Essayons de distinguer, dans cette confusion qui caractérise Tâge apostolique, la diversité des dons.
Le christianisme est la religion de la grâce. Il enseigne que tous les dons parfaits descendent de Dieu, qui les répand par son Esprit^. Non-seulement le Saint- Esprit renouvelle le cœur par la conversion, mais encore il communique au croyant les diverses aptitudes qui lui sont nécessaires pour glorifier Dieu. Toutefois, on se tromperait, si l'on s'imaginait qu'il y a incompatibilité absolue entre les dons de la grâce et les dons de la nature. Le Dieu de la rédemption est aussi le Dieu de la création. Les dons naturels ne sont pas annulés par le Saint-Esprit ; bien au contraire, il lesaccepte et se les assimile en les épurant et en leur communiquant une vertu céleste qui les tourne au bien de l'Eglise. Tls deviennent alors des dons spirituels '. La proportion de l'élément surnaturel peut varier dans ces dons; elle peut être plus ou moins forte. Quelquefois même l'élément naturel semble tout à fait absorbé. Il en est ainsi aux origines dn siècle apostolique; mais déjà à sa seconde période, les dons purement surnaturels diminuent ; ils tendent à se régler et à se discipliner, tandis que les dons où l'aptitude naturelle pénétrée par la grâce joue le premier rôle, se multiplient et acquièrent toujours plus d'importance \ Il est facile, en partant de ces vues
» 1 Cor. XII, 28. — 2 Jacq. 1,7.
3 Atatpéaei; cï yjxpi'j\).i-.b)'i eW'y^-h^ï olÙxo Trvsujxa. (1 Cor. XII, 4.) » Néandf r, Pflanz., I, 233, 235.