LE SACERDOCE UNIVERSEL
représentants et ses délégués que ses maîtres. Ce n'est point une caste lévitique qui s'organise : on n'a qu'a lire répître aux Hébreux pour s'en convaincre ^ Jésus- Christ y est considéré connue le souverain sacrificateur de la nouvelle alliance, vivant aux siècles des siècles, unique médiateur entre Dieu et les hommes; il ne transmet pas à d'autres un sacerdoce qui n'est parfait que parce qu'il est éternel. Ils étaient venus, ces temps bénis annoncés par les prophètes, où la loi devait être gravée dans le cœur de tous les croyants, où chacun, communiquant directement avec le ciel, n'avait plus à subir un enseignement humain imposé du dehors -. La charge ecclésiastique, a ce point de vue, ne peut être considérée que comme un service de l'Eglise ou un ministère. Ceux qui en sont revêtus sont, non les dominateurs, mais les serviteurs de leurs frères. » IVous sommes vos serviteurs, disait saint Paul aux Corinthiens, pour i"amour de Jésus ^, » montrant par cette parole em- ])reinte d'une si touchante humilité, que l'apostolat lui-même n'aAait aucune analogie avec l'ancien sacerdoce.
Eeprésentons-nous le mécanisme bien simple des institutions d'une Eglise comme celle de Corinthe et d'Ephèse. La charge ecclésiastique, déjà créée ailleurs pour répondre a des besoins réels et pour maintenir l'ordre dans la liberté, a dû s'y constituer promptement.
1 Hébreux VII, 26-28.
* Je lïiottrai mps lois dans leur esprit; aucun d'eux n'enseignera jilus son prochain. (Hébreux Vil, 10, 11.) ■' 'Erj-O'j; Bî so'jXcj; Gy.wv oit. 'Ir^iouv. {2 Cor. IV, 5; Rom. XII, 7.)
Nous trouvous dans les lettres de Pauî un précieux indice de la manière dont elle a parfois pris naissance. L'Apôtre parle, à plusieurs reprises, de l'Eglise qui est dans la maison d'un simple chrétien*. Une telle Eglise ou fraction d'Eglise n'était pas autre chose qu'une famille pieuse dont le cercle s'était agrandi, et qui était devenue un centre religieux pour ses alentours. De nombreux croyants, convertis par son inlluence, s'étaient groupés autour de son fojer, et célébraient le culte sous son toit hospitalier. Le père de famille y présidait; il était l'ancien et ie pasteur désigné d'avance de cette petite congrégation. Si dans la même ville le christianisme faisait de nombreuses conquêtes, ces petites congrégations domestiques finissaient par se réunir, et il était dans l'ordre naturel des choses que, quand une Eglise importante s'organisait, on mît à sa tète ces anciens officieux qui s'étaient spontanément revêtus par zèle de la charge ecclésiastique avant d'avoir reçu un mandat régulier. Ces faits ont dû se multiplier dans l'âge apostolique. La charge naissait de la pratique du don pciStoral qui l'avait précédée, et qui souvent encore s'exerçait à côté d'elle avec une entière liberté.
On a souvent fondé les prétentions épiscopales sur les passages des épîtres de Paul où se trouve le mot d'évêque. Mais il suffit d'examiner attentivement les textes pour reconnaître que les deux mots s'échangent indifféremment, et qu'ils sont dans la langue de Paul
1 Rom. XVI, 5; 1 Cor. XVI, 19; Coloss. IV, 15; Philémon 2.
deux synonymes pour désigner une charge identique'. Jamais il ne mentionne trois degrés dans la hiérarchie ecclésiastique ; il n'en connaît que deux , la charge d'ancien ou d'évêque et celle de diacre'. Il est également prouvé que plusieurs évêques se trouvaient à la fois dans la même Eglise ^ ce qui est incompatible avec la notion d'un évêque supérieur aux anciens. Saint Pierre, dans sa première épître, pousse si loin cette identification de l'ancien et de l'évêque , qu'il recommande au premier d'exercer fidèlement ce qu'il appelle Voffice épiscopal, en veillant avec soin sur sou troupeau*.
Cette identité de la charge épiscopale et de la charge d'ancien ressort si clairement du Nouveau Testament, que toute l'antiquité chrétienne l'a admise, même dans des temps où l'épiscopat proprement dit commençait à se former. « L'ancien est identique à l'évêque, disait saint Jérôme, et avant que, sous l'impulsion du diable, les partis se fussent multipliés, les Eglises étaient gouvernées par le conseil des anciens^ » Si le nom d'évêque
1 MîTîy.aXéffaTO xoùç TupôcSurépou; t'^; £/,/,)vr]Jtaç. (Actes XX, 17.) Comparez avec le verset 28 du même chapitre : 'l^'*^ '^'° xvîuixa io «Ytov iOeTO èTC'.dy.ÔTUOU;;. Voir encore Tite I, 5, 7; 1 Tim. III, 1, 7. On peut voir sur ci; point l'irréfutable argumentation de Rothe. ( Anfœnge, p. 174.)
* 1 Tim. III, 5 et 12. Voir aussi Philipp. I, 1 : llàfjiv xoXq k-^ioiq aùv ÈTZ'.r/.ôzoï; y.al o'.ay.ôvoiç.
» Voir Philipp. I, 1 ; Actes XX, 18 ; Jacques V, 14.
* HpîaêuTÉpou; -xpav.aXG) • Tiotixâvexs tû zoiixvtov, ÈTCtciy.sxûJvirE;. {\ Pierre V, 2.)
s Idem est ergo presbyter quam episcopu5,etantequam diaboli instinclu «tudia in religione fuerint, communi presbyteroruia consilio, ecclesiae jubernabantur. (Saint Jérôme, la epist. TU., t. IV.) Nous lisons dans il 15
a été plus fréquemment usité dans les Eglises fondées au sein du paganisme, c'est que l'ancienne Grèce désignait ainsi des magistrats dont les fonctions avaient, dans l'Etat, quelque analogie avec celle des anciens dans l'Eglise, puisqu'il s'agissait pour eux d'une surveillance à exercer dans l'intérêt de la république '.
Ne pouvant fonder l'épiscopat sur des textes, on essaye de le reconquérir en donnant une portée exagérée à certains faits exceptionnels et transitoires dans l'Eglise primitive. On rappelle la mission conférée par Paul à ïite et Timothée d'organiser les Eglises; on rappelle aussi le rôle de Jacques à Jérusalem. Mais ces faits bien compris doivent être invoqués contre les idées hiérarchiques, au lieu de leur servir d'appui. En effet, pour parler d'abord de Tite et de Timothée, ils n'ont aucune analogie avec des évèques qui gouvernent un diocèse : ce sont des missionnaires, ou, comme Paul les appelle, des évangélistes -, appelés à guider dans leurs premiers pas des Eglises naissantes et inexpérimentées ; ils exercent un pouvoir vraiment apostolique partout où ce pouvoir est nécessaire. Ils puisent leur droit exceptionnel dans une situation excej;tionnelle.
VAriibrosiaife : « Primum presbyteri episcopi appellabantur. » Corap. Chrysost., Homilia I in Philipp. 1, 1 . Voir aussi Théodoret, Interprétât, ad Phtlijjp. III, 445 : « 'Er.'.T/.à-O'j: oï xoh^ T.pzaê'j-ipoi)^ -/.aXst. » Les deixx charges, ajoute-t-il, avaient le même nom. »
1 « Ceux qui étaient envoyés par les Athéniens^ lisons-nous dans le Scltoliaste d'Aristophane, pour exercer une surveillance dans les villes qui leur Uaient soumises , s'appelaient évêques et gardiens. » Oî Tûap' AOy;- /aîo)v =?; Ta; y'i:r/.so'j; rSkv.^ STZtaxéd/aaOa'. Ta -ap' 'v/âq-o'-Z "kv^x- Trôixîvot ï~''.'Z'/.ZT^y. "/.al çÛAay.s; èy.aXoùvTO. (Rolhe, Anfxnge, p. 219.)
* "EpYOV r.z'.r^'ZZ') S'ja'f^îA'.sTCy. (2 Tim. IV, 5. Comparez à Eph. IV, 11.)'
Ce ne sont point des légats apostoliques, revêtus d'un titre officiel* ; ils sont uniquement les représentants de saint Paul, ses collaborateurs et ses amis ^. Ils font ce que doivent faire, ce que font tous les missionnaires. Ils exercent sur CCS jeunes congrégations une surveillance indispensable à cette période de formation et de création, en respectant toujours, comme nous le verrons, les droits inaliénables du peuple chrétien. Ils ne sont pas plus des évêques que les apôtres. Ils sont comme eux des fondateurs d'Eglises, rien de moins et rien de plus. Leur droit résulte des grands devoirs qu'ils ont contractés vis-à-vis de ces Eglises, ou, pour mieux dire, du grand amour qu'ils leur portent. Leur autorité est toute morale et se démontre par ses effets; elle se résout en influence. Le missionnaire apostolique ne peut s'acquitter fidèlement de sa tâche sans user de cette autorité, et doit arroser après avoir planté, cultiver et entretenir ce qu'il a contribué à créer. Il se sent appelé à soutenir la plante frêle encore qui n'a pas eu le temps de prendre toute sa vigueur et de croître sans appui, exposée à tous les orages.
Nous nous sommes déjà expliqué sur le ministère de Jacques à Jérusalem ; il n'a aucune analogie avec l'épiscopat des siècles suivants, malgré les assertions des Pères ^ Lui aussi est un apôtre, et l'un des plus influents, bien qu'il n'ait aucune nomination régulière à
* C'est l'idée deThiersch, ouvrage cité, p. 150. 2 -uvepYÔç. (Rom. XVI, 21; 1 Thoss. 111,2; 2 Cor. VIII, 23.) » Voir Hégé.sippe dans Eusèbe, II, 23 : 'lx7.<j)Soq, 'UpoîoXjtjLiov £TCt- (ry.CTioç. (Const. apost., liv.VI,cap. xiv; Epiphane, Hjeres.,LXXXYlU, 7.