LE CANTIQUE
L'Eglise ne se contente plus comme à ses débuts du chant des psaumes. Le sentiment chrétien crée une expression qui lui est propre dans le cantique. Comme la prière et la parole d'édification, il procède tout d'abord de l'inspiration individuelle. « Si quelqu'un a un psaume, qu'il le fasse entendre, » dit l'Apôtre'. Il s'agit ici évidemment d'un chant nouveau inspiré par l'Esprit de Dieu à un membre de l'assemblée. Le cantique est comme la transition entre le don des langues et la parole calme et mesurée de l'enseignement; il donne essor à ces sentiments profonds et ardents qui ne peuvent s'enfermer dans les formes du langage ordinaire; il fait monter vers le ciel ces soupirs « qui ne se peuvent exprimer,» comme aussi il satisfait ce besoin d'adoration si développé au sein du christianisme primitif. Il ne reste aucun monument de ces premiers psaumes de l'Eglise chrétienne, parce que, comme ses prières, ils avaient un caractère essentiellement spontané et qu'ils se multipliaient en abondance dans ces temps d'inspiration puissante.
Si nous ne possédons pas d'hymnes du premier siècle, nous trouvons cependant dans les épîtres de Paul des traces visibles de ce que nous appellerons le lyrisme de l'âge apostolique. La lin du chapitre YIII* de la lettre aux Romains, le chapitre XIIP de la première épître aux Corinthiens, et tant d'autres passages où dans le mouvement impétueux de sa pensée, l'Apôtre atteint les cimes de la haute poésie^, nous donnent une idée de
» Eph. V, 19;Coloss. III, 16.
2 Vf)ir aussi 1 Tim. III, 16; Eph. V, 14. (Voir Das Kirchenlied in seiner
252 LES SACREMENTS. NUL OPCS OPERATUM.
ce qu'était le cantique inspiré qui se faisait librement entendre dans les premières assemblées chrétiennes.
L'idée des sacrements dans l'Eglise primitive était en rapport avec sa constitution générale ', Fondée sur la foi vivante, cette Eglise était une association de chrétiens travaillant en commun à leur édification et à l'évangélisation du monde. La notion d'une vertu intrinsèque renfermée dans le sacrement, la théorie de Vopus operatum, étroitement liée au système sacerdotal, n'avait aucune raison d'être dans ces congrégations pénétrées du souffle vivant de l'Esprit de Dieu. Tout, dans la doctrine de saint Paul, condamne des vues semblables. L'Apôtre, qui a refusé à l'œuvre extérieure toute valeur pour le salut, n'en aurait certes pas attribué à des actes purement matériels. Le règne de Dieu, pour lui, consistait non en parole, mais en esprit ^ On doit donc écarter, quand on parle des sacrements de l'Eglise primitive, les idées de grâce sacramentelle, qui assimilent l'action de Dieu à une opération magique, triste emprunt fait aux lustrations du paganisme de la décadence, comme l'a dit éloquemment Bunsen ^ .
Le baptême, qui était le signe de l'entrée dans l'Eglise, était administré par immersion. On plongeait le néophyte dans l'eau, et on lui imposait les mains au
Geschichte und Bedeutung, von W. Baur^ Francfort, 1852; Augusti, ArchœoL, II, UO-113.)
' Le mot de sacrement est complètement étranger à la langue biblique, dans le sens où nous l'employons.
2 'Ev ouvap-E'. (1 Cor. IV, 20.)
3 Hippolylu^, II, p. 127.
LE BAPTÊME LIE A LA FOI. :J5i
moment où il en sortait. Ces deux rites correspondaient aux deux grandes phases de la conversion, qui, avant d'être une résurrection avec Jésus-Christ, est une crucifixion de l'ancienne nature. Aussi, ia foi élait-elle exigée de quiconque recevait le baptême. L'idée ne vient pas à saint Paul qu'on puisse supposer le baptême sans la foi, le signe sans la chose signifiée; et il n'hésite pas, dans la simplicité hardie de son langage, à identifier le fait spirituel de la conversion à l'acte qui le symbolise. «Nous sommes ensevelis, dit-il, avec Jésus- Christ, en sa mort, par le baptême'. » Il faut lui imputer, malgré tous ses écrits, la notion grossière de la régénération baptismale, ou bien il faut reconnaître que la foi est pour lui si intimement rattachée au baptême qu'en parlant du second, il croit parler par là même de la première, sans laquelle il n'est qu'une vaine forme. Les écrivains du Nouveau Testament attribuent tous le même sens au baptême ; il suppose, d'après eux, une manifestation de la vie religieuse, dont le degré peut varier, mais qui est constamment exigée -. » Le baptême qui nous sauve, dit l'apôtre Pierre, n'est pas celui qui nettoie les ordures du corps, mais l'engagement d'une bonne conscience devant Dieu, par la résurrection de Jésus-Christ ^ »
Dans ces temps où l'organisation ecclésiastique était encore flottante à bien des égards, le baptême équiva-
1 Rom. VI, 4.
2 Actes 11,38; VIII, 13-17,37-38; X, 47; XVI, 14,15, 33.
dYaO^ç. (l Pierre III, 21.)