G2 NULLE OPPOSITION ENTRE L'ÉGLISE ET L'ÉTAT
du salut dans sa grandeur et sa beauté. N'oublions pas toutefois que l'élément humain, à cette époque, était profondément altéré et souillé par le paganisme. Il n'était pas possible, dès le premier jour, de le reconquérir tout entier au christianisme. Certaines sphères où la religion du Christ a non-seulement le droit, mais encore la mission d'exercer son action, lui étaient nécessairement fermées, aussi longtemps que la civilisation reposait sur des bases païennes. Comment, par exemple, un chrétien aurait-il pu exercer une magistrature quelconque, dans un temps où la religion était si étroitement mêlée à la politique, que l'acte public le plus simple était eutaché d'idolâtrie? Il n'était pas davantage possible de cultiver aucune branche, de l'art, tant que l'art, ce grand séducteur de la Grèce, serait au service du paganisme ; mais on se tromperait gravement si l'on s'imaginait que le domaine de la vie publique ou celui de l'art fussent interdits pour toujours aux chrétiens. Pour qu'une telle opinion fût fondée, il faudrait que les apôtres eussent formulé en principe une antinomie absolue entre l'Eglise et l'Etat, entre le cliristianisme et les facultés esthétiques; mais il n'en est rien. Saint Paul reconnaît que l'Etat eu soi est une institution divine, nécessaire au développement moral. «Que toute personne, dit-il, soit soumise aux puissances supérieures, car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu. Celui qui s'oppose à la puissance, s'oppose à l'ordre que Dieu a établi. Le prince est le ministre de Dieu pour ton bien ; mais si tu fais mal, crains, parce qu'il ne porte point