NULLE OPPOSITION ENTRE LE CHIUSTIANISME ET L'ART
libres convictions. Môler les deux sphères, c'est tout confondre, c'est bouleverser Tune et l'autre. L'union de l'Eglise et de l'Etat renverse la notion apostolique de la société religieuse; elle la ramène du christianisme au paganisme, ou du moins au judaïsme. Mais l'humanité devait acheter cette vérité, comme toutes les autres, au prix d'expériences longues et amères, qui lui ont appris ce qu'il en coûte à l'Eglise de mêler le spirituel au temporel.
Ainsi la religion du Christ s'est contentée de poser les principes qui devaient renouveler l'Etat; elle a agi sur l'art de la même manière. Si elle s'est tenue à l'écart de ces deux sphères de l'activité humaine pendant l'âge apostolique et les siècles suivants, elle a travaillé d'autant plus efficacement à leur transformation. En maintenant vis-à-vis de l'Etat l'indépendance de la conscience, en consacrant son droit de résistance à toute contrainte extérieure, le christianisme a posé les bases de toute vraie liberté, et préparé la ruine de tous les despotismes. Le martyre est la plus puissante protestation contre la persécution; il marque à la force matérielle la limite qu'elle ne saurait jamais dépasser. D'une autre part, en produisant un idéal nouveau, à la fois humain et céleste, il a frayé les voies à un art vraiment chrétien, substituant à la sereine et insensible beauté du marbre grec la beauté plus intérieure et plus touchante de ces types immortels qu'ont enfantés les grands artistes inspirés de l'Evangile.
Toutes les réformes du christianisme ont été opérées du dedans au dehors. La grande révolution qu'il a ame-