‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 470 sur 613 · ENNOBLISSEMENT DU TRAVAIL MANUEL · texte numérisé non relu

ENNOBLISSEMENT DU TRAVAIL MANUEL

gneur ne se croient point oblip^és de sortîr du monde, et de se faire nnc existence à part comme les esséniens ou les thérapeutes. Chacun reste dans la position où il a été appelé', à moins qu'il n'y rencontre d'invincibles tentations. Le chrétien n'a pas le droit de renoncer au travail sous prétexte de se livrera de pieuses méditations^. Le travail lui-mômc repose sur une loi de Dieu; il fait partie de la tâche assignée à l'homme. Les Eglises primitives se recrutaient surtout, comme on le sait, dans les classes pauvres de la société. Elles comptaient un grand nombre d'artisans, travaillant de leurs propres mains ^. En ennoblissant le travail manuel, Paul préparait l'une des réformes les plus importantes opérées par le christianisme; il le relevait de l'abjection où l'avait maintenu l'ancienne société, qui n'était qu'une société de vainqueurs et de vaincus, d'oisifs et d'esclaves. Toutes les conditions de l'existence païenne étaient bouleversées par cette réforme si simple. Le droit de conquête et d'exploitation d'un patriciat tyrannique était virtuellement aboli. Les artisans chrétiens de Corinthe et de Thessalonique étaient ainsi, sans le savoir, de grands réformateurs sociaux.

Cette disposition à imprimer à la vie entière un sceau divin et un caractère religieux se conciliait avec un certain ascétisme auquel on n'attribuait aucune valeur pour le salut, mais qui avait son importance dans la discipline

' 'Ey.aaTov wç xéy.Ar^xev 6 ôec;, ou-w T^zp'.%x-dxii). (1 Cor. VIF, 17.)

2 2 Thess. III, 10, 13.

' 'EpYiLcsOx'. -aTç loîaiç '/îp^V; 'j;;.a)V, (1 Thess. IV, M.)

Î68 L'ASCETISME.

de la \ic spirituelle. Paul dit qu'il traite durement son corps '. Il va même jusqu'à conseiller le célibat, comme un état où il est plus facile de servir Dieu sans entraves ; et nous avons lieu de penser que ce conseil, donné par une telle bouche, fut suivi fréquemment dans le cours du premier siècle -. Le jeûne était pratiqué dans toutes les Eglises, surtout dans les circonstances graves, où l'on éprouvait tout particulièrement le besoin de se rapprocher de Dieu ^. 3Iais cet ascétisme n'avait aucun caractère obligatoire ; il n'était point lié à des règles fixes. On en usait en toute liberté, sans tomber à aucun degré dans le dualisme oriental et sans le réserver comme un privilège glorieux à une caste sacerdotale. On le considérait comme un moyen de sanctification qui ne devait pas être négligé et qui pouvait offrir de précieux secours dans la lutte contre la chair et ses convoitises. Depuis cette époque bénie l'Eglise s'est constamment laissé emporter dans cette question d'un extrême à l'autre, passant du manichéisme monacal à la répudiation complète de l'ascétisme. Au premier siècle elle a été à égale distance de l'une et de l'autre aberration.

1 1 Cor. IX, 27.

- Voir 1 Cor. VU, passim. Il est évident pour nous que saint Paul trouve dans les circonstances du temps où il écrit des motifs particuliers pour recommander le célibat (o'.à rr^v èvESTtosav œfy.'r/:çf. 1 Cor. VII^ 26); il pense néanmoins que l'état d'un homme non marié qui n'est pas exposé aux plus grossières tentations, grâce à un don spécial, est plus propice à la piété. (1 Cor. VII, 32-35.) Paul déclare que sur ce point il parle non pas au nom d'un commandement positif du Seigneur, mais en son privé nom. Cette vue toute individuelle ne l'empêche pas de maintenir intacts les grands principes de la nouvelle aUiance. L'interdiction du mariage est présentée par lui comme un des signes les plus fâcheux de l'hérésie. (1 Tim, IV, 3.)

» Actes XIII, 2, 3; XIV, 23.

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