LA FAMILLE CHRÉTIENNE
L'une des plus belles créations du christianisrae primitif, a été la famille chrétienne, telle qu'elle nous apparaît dans les Eglises d'alors. On sait ce qu'était la famille païenne ; nous l'avons décrite dans le tableau que nous avons présenté de la société gréco-romaine. Nous ayons rappelé toutes les ignominies du mariage, contracté en Grèce comme un lien purement matériel, rompu à Rome au gré des passions ou des caprices des époux, a\ili par la débauche, profané par l'adultère. Il n'y a pas de milieu pour la femme entre la captivité indolente et stupide du gynécée et le rôle de courtisane. Le christianisrae la relève de ces hontes, il en fait «l'aide semblable à l'homme. » L'union extérieure devient le symbole de l'union des âmes et des vies, et la relation de Jésus-Christ avec l'Eglise est le type sublime de la relation conjugale ^ C'est dire assez quelle pureté elle revêt soudain, et quel élément d'amour dévoué pénètre l'affection terrestre. La polygamie est ainsi abolie de la manière la plus positive, quoique indirectement. Paul maintient la femme dans une position subordonnée vis-à-vis du mari; il veut qu elle lui accorde respect et soumission, mais il défend ses droits, droits sacrés de la faiblesse, que le christianisme revendique de préférence à tous les autres; le mari lui doit protection et amour ^. Le mariage ainsi compris est une sainte association de l'homme et de la femme pour travailler de concert à la gloire de Dieu. Priscille et Aquilas, aidant puissamment saint
' Ephés. V, 23. — î Ephés. V, 24, 25.
ilO LA FAMILLE CHRETIENNE.
Paul dans son œuvre missionnaire et gagnant Apollos à Jésus-Christ, nous fournissent un beau type d'une union chrétienne au premier siècle \
Une question délicate se posait dans ces jeunes Eglises issues du paganisme; c'était de savoir quel parti on devait prendre quand un seul des époux était devenu chrétien. L'apôtre Paul no veut pas que l'on rompe pour celte cause le lien conjugal. La femme chrétienne peut gagner le mari païen ou réciproquement^. En tout état de cause le mariage est sanctifié par les prières de celui des époux qui sert Jésus-Christ. La consécration du mariage paraît avoir uniquement résulté alors de la piété et de la foi des époux, sans qu'ils eussent eu recours à aucune cérémonie spéciale '. Le droit de contracter une nouvelle union n'était reconnu qu'en cas de mort de lun des époux "* ; il n'y avait d'exception à cette règle que celle admise par Jésus-Christ, pour le cas où le mariage est moralement rompu par l'adultère. Les secondes noces étaient donc tolérées^ mais il est facile de compj endre au langage de Paul qu'il trouve préférable l'acceptation d"uu veuvage perpétuel^. Cette opinion découlait du principe d'ascétisme qui est l'un des traits de son individualité.
Les rapports des parcuis et des enfants présentent également un caractère nouveau dans l'Eglise. L'implacable sévérité du père romain est tempérée par
1 Actes XVIII, 2, 26. — M Cor. VII, 13-15.
* La bénédiction nuptiale est une de ces heureuses innovations de lEslise qui lui ont été inspirées par l'Esprit do Dieu.
* 1 Cor. Vil, 39. - M Cor. VII, /iO.