LE CHRISTIANISME ET L'ESCLAVAGE
l'amour chrétien ; il doit ménager cet être frêle qui dépend absolument de lui et ne jamais l'irriter par la dureté; l'enfant, de son côté, est tenu à une soumission d'autant plus grande qu'elle est moins fondée sur la crainte*. On voit déjà apparaître la douce et belle figure de la mère chrétienne. Quand Paul dit à la femme qu'elle sera sauvée en devenant mère, il s'élève, selon sa coutume, des faits particuliers au type général ; il voit en elle l'Eve qui a enfanté la postérité bénie victorieuse du serpent, et qui enfante tous les jours les serviteurs de Dieu appelés à continuer et à achever l'œuvre rédemptrice. Comment les enfante-t-elle surtout, si ce n'est par l'éducation chrétienne, où elle a une part si directe et si active^? Ainsi, la famille est constituée sur sa vraie base.
On reproche au christianisme de n'avoir pas proclamé immédiatement l'abolition de l'esclavage. On oublie qu'il eût ainsi confondu deux sphères qu'il lui importait de distinguer toujours, et surtout à ses premiers pas dans le monde ; il eût quitté la sphère religieuse pour la sphère civile. Il ne pouvait entrer dans la seconde sans s'exposer à tous les périls, à toutes les fluctuations, à tous les hasards de la force matérielle. De puissance morale, il devenait puissance politique; il abdiquait sa vraie royauté, et pour une révolution chanceuse opérée hâtivement, il perdait cette puissance éternelle de réformation qu'il possède pour renouveler à chaque époque les individus et les sociétés. II n'a pas plus accepté
'- Ephés. V,l-4. — "■ 1 Tim. II, 15.
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l'esclavage qu'il n'a accepté la polygamie et la législation romaine sur le divorce, mais il a mis dans le monde le principe qui devait abolir ces institutions profondément hostiles à la morale de TEvaugile, et il l'a défini avec assez de netteté en ce qui concerne l'esclavage pour qu'on doive reconnaître qu'il l'a moralement aboli autant que cela lui était possible sans sortir de son propre domaine. Tout d'abord, les rapports des maîtres et des serviteurs sont réglés conformément aux lois de la justice. Les premiers doivent se souvenir qu'ils ont un Maître dans le ciel * , et les seconds retrouver leur dignité d'homme en faisant remonter leur obéissance jusqu'à Dieu ^ Mais il y a plus. Paul a déclaré nettement qu'en Jésus-Christ, il n'y a plus ni esclave, ni libre, c'est-à-dire que toute créature humaine a un droit égal devant Dieu ^. La possession de l'homme par l'homme est par là même proclamée immorale, attentatoire aux droits des rachetés de Jésus-Christ, et incompatible avec le dogme de la rédemption et l'égalité qui eu est la conséquence. Paul ne s'est pas contenté de formuler ces principes, il les a appliqués. Son épître à Philémon est la lettre d'affranchissement moral de l'esclave chrétien. Il renvoie Onésime à son maître comme un frère en la foi, comme son propre fils, et il demande qu'on le reçoive comme un autre lui-même*. Dételles paroles ont plus fait pour briser les fers de l'esclavage
1 Ephés. XI, 9.
2 'Q; couXc Toù Xp'.STOu. (Ephés. VI, 6.) «Coloss. III, 11.
* 'EiJLcu T£Xvou bv b(iTiT,za, aù-rcv, -zoZ-z' ècx'tTà Ijià GxXiYX^*- •Philém. 10, 12.)