HESIODE
quelques temples iufornies commençaient à s'élever.
L'hellénisme subit une première épuration chez Hésiode. Tandis qu'Homère représente le génie ionien souple et brillant, Hésiode appartient au type dorien, plus sévère et moins flexible. « Nous ne retrouvons pas chez lui, dit Otfried 3Iuller, cette jeune imagination d'Homère qui peignait l'âge héroïque avec tant de grâce et d'éclat. On voit qu'il a jeté un regard mélancolique sur la vie humaine. l\ ne se meut pas, comme le premier, dans un monde imaginaire, mais dans le cercle même de la vie laborieuse, comme le prouve son poëme des Travaux et des Jours '. »
On sent aussi chez Hésiode l'influence de la poésie philosophique qui venait de naître à Milet. Ses mythes sont essentiellement métaphysiques, ses poèmes portent également la trace de la crise mythologique que la conscience grecque avait traversée pour s'élever de la religion de la nature à la religion de l'humanité. Les Titans représentent l'ancienne religion, tandis que le Jupiter d'Hésiode, le dieu jeune et vainqueur, marque l'évolution féconde de l'hellénisme et l'avènement de l'humanisme. Et pourtant Hésiode exprime le regret du passé avec éloquence. « Puissé-je, dit-il, n'être pas né dans le dur siècle de fer! » Les dieux anciens paraissent supérieurs aux dieux nouveaux, bien que ceux-ci marquent le progrès de l'idée morale. C'est que l'idée morale fortement réveillée s'accommode difficilement du mélange impur qui souille les divinités homériques. La conscience, oubliant que le joug qu'elle avait antérieu-
' Otfried Muller, Geschichle der griechiach. Lifter., c. III.
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renient porlé était raille fois plus ignominieux, se reporte eu arrière et se prosterne devant des divinités rendues respectables par l'éloiguement. C'est là l'éternelle contradiction de la Grèce et l'une des causes du développement des mystères, qui sont un retour auxanciennes divinités, ou du moins à celles qui les rappelaient le mieux, aux dieu.v de la terre et de l'Hadès, frères aînés des Titans. L'idée morale est admirablement mise en lumière chez Hésiode. Jupiter a pour épouse, non plusJunon, mais Métis ou l'intelligence ; Thémis ou la justice lui est également unie, et il enfante avec elle les Parques, qui deviennent des puissances morales. La justice, dit-il , finit toujours par triompher dans les choses humaines \ et si son chemin est escarpé, si les dieux ont mis la sueur et la peine devant la vertu, la route devient plus facile sur les hauteurs ^. De telles paroles montrent combien d'Homère à Hésiode le progrès a été réel ^
H est plus sensible encore dans la période suivante, qui s'étend jusqu'au règne d'Alexandre et qui comprend les temps de la pleine maturité et de la riche floraison de la civilisation hellénique. Tout a contribué à préparer cette époque où la Grèce a vraiment atteint l'idéal qu'elle s'était proposé. L'homme, pour la première fois dans le paganisme, arrive à la conscience de son individualité, au sentiment de sa valeur morale comme être libre. La démocratie a presque partout remplacé lu monarchie ; la cité se gouverne elle-même, et tant
' tjjierfi fil D/es, v. 210. — ' Opern et Pies. v. âS'», — ^ \'oif Mhui'y, t 1. p. 380.