‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 50 sur 613 · rilKM:s CENTRE l)K. LHKLLÉMSMi · texte numérisé non relu

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que le patriolisme y domine, l'esprit grec trouve une impulsion féconde dans ces nouvelles institutions ; il y puise l'amour passionné de la liberté.

Le contact continuel des citoyens les uns avec les autres, les agitations de l'agora, les luttes intestines et les rivalités de ville à ville, toutes ces causes réunies favorisentledéveloppementdu génie national. La guerre contre la Perse, dans laquelle la prééminence se disputait entre l'Orient et l'Occident, assura le triomphe de l'hellénisme et lui donna cette exaltation légitime du patriotisme vainqueur. Hérodote rapporte qu'à la bataille de Salamine on vit le fantôme d'une femme passer au travers des galères athéniennes en leur disant: En avant! Cette femme, c'était le génie, l'âme de la Grèce en quelque sorte, qui poussait les descendants des héros vers leurs glorieuses destinées * . L'héroïsme réel succède à l'héroïsme légendaire ; les Miltiade et les Thémistocle écrivent avec leur épée une Iliade historique presque aussi belle que l'autre, mais qui très-certainement en procède, car l'esprit d'Homère a façonné cette poignée de combattants devant laquelle recule l'armée innombrable du grand roi.

La guerre persique a eu encore un autre résultat, c'est de donner un centre et un foyer à la civilisation occidentale. Athènes, qui avait servi avec tant de courage et de succès la cause nationale, devint la métropole intellectuelle de la Grèce. Elle était admirablement préparée à ce rôle; les Athéniens avaient le génie facile et brillant de la race ionienne, mais c'était des

» Hérodote, VIII, 84.

ATHtNES CENTIŒ DK L'HELLENISMK. lO.J

Ioniens de l'Europe et par conséquent doués de plus de vigueur que ceux de l'Asie Mineure.

Athènes était placée dans les conditions les plus favorables pour polir et cultiver l'esprit grec. On sait quel vif enthousiasme la beauté du site inspirait à ses habitants; qu'on relise seulement le fameux chœur iVŒdipe à Colonne. Ses vallons enchantés « s'embellissaient, sous les rosées du ciel, de la végétation

la plus riche, couronne des grandes déesses' »

• L'olivier y poussait son feuillage toujours vert; des « sources murmurantes versaient sur la plaine fertile « une eau intarissable, et Aphrodite à la ceinture dorée « semblait à chaque instant sortir de cette mer étince- " lante qui baignait la cité et que fatiguait sans cesse la « rame de ses navires volant à la suite des Néréides. « Les chœurs des muses ne l'abandonnaient jamais. » Ce dernier trait du grand poète rappelle la meilleure gloire d'Athènes. L'éloquence, la poésie, l'art, l'histoire, la philosophie, y atteignirent sous Périclès ce degré de perfection qu'on ne verra plus, parce que nulle part l'humanité ne se retrouvera dotée d'une si belle jeunesse et de dons si merveilleux. Cependant si Athènes fut le centre de la culture hellénique, elle ne labsorba jamais; chaque race fournit son contingent, et le génie dorien s'unit au génie ionien pour accroître

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Œdipn à Cotnnnr, 715-710.

104 [)|:VF.L01M'EMI:NT Lin-KHAlilK DE LA GHKCE.

la gloire de lu patrie comnuiiic. Uu rapide aperçu de l'histoire de la littérature et de l'art pendant cette période nous fera suivre le développement progressif de la Grèce et nous préparera à comprendre le développement de sa conscience religieuse.

L'épopée fut longtemps le seul genre poétique cultivé en Grèce. Consacrée à la gloire des héros, reproduisant sans cesse le même cycle de légendes, transmise de rapsode en rapsode comme une tradition, elle convenait à une époque où la personnalité humaine n'était pas encore développée, car l'épopée après Homère, en passant du plus grand des poètes aux imitateurs, était un genre de poésie essentiellement impersonnel. Quand l'individualité, favorisée par le régime démocratique, eut conquis ses droits, un nouveau genre fut créé, dans lequel les sentiments et les impressions du poëte eurent une plus grande part . ce fut le genre lyrique. Tyrtée et Simonide laissèrent parler leur cœur dans les élégies qu'ils composèrent, et Archiloque fit de ses ïambes terribles une arme de vengeance. Le caractère individuel est encore plus prononcé dans la poésie lesbienne, telle que nous la trouvons chez Sapho et chez Anacréon, llamme dévorante du cœur chez la première, clarté brillante et légère, voluptueux badinage chez le second. 31ais ce fut la race dorienne qui donna à la Grèce celui qu'on peut appeler l'Homère lyrique; Pindare, le poëte béotien, fut le chantre de la Grèce entière, bien plus que ses devanciers, Alcman, Slésichore, Ibichus, « Il appartient, dit Otfried Muller, à cet âge du peuple grec que Ion peut appeler la pleine vigueur de

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