‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 492 sur 613 · LA SYNAGOGUE EXCOMMUNIE L'ÉGLISE. 20J · texte numérisé non relu

LA SYNAGOGUE EXCOMMUNIE L'ÉGLISE. 20J

destrucliou de Jérusalem, un nouveau sanhédrin se forma à Jabne et essaya de rallier autour de lui les débris du peuple juif. Ce sanhédrin prit une position des plus hostiles vis-à-vis des chrétiens, qu'il appelait les Minéens. Le rabbin Tarphon disait : « Les évangiles méritent d'être brûlés , car le paganisme est moins dangereux que les sectes chrétiennes, parce que le premier n'admet pas les vérités du judaïsme par ignorance, tandis que les chrétiensles rejettent en connaissance de cause. On trouvera plutôt le salut dans le temple des idoles que dans les assemblées chrétiennes. » Il fut défendu aux Juifs de manger avec les chrétiens, et une formule d'excommunication contre eux fut introduite dans les prières quotidiennes par le rabbin Gamaliel. Elle portait qu'il n'y avait aucune espérance pour les apostats. 11 n'était pas possible de creuser plus profondément l'abîme entre l'Eglise et la synagogue.

Au commencement du siècle suivant, nous voyons une Eglise non judaïsante fleurir à .Elia Capitolina, colonie romaine fondée sur les ruines de Jérusalem et interdite aux Juifs par un décret de l'empereur. Il est certain qu'un grand nombre de chrétiens juifs d'origine en firent partie et se mêlèrent aux païens de naissance. Rien ne prouve mieux la décomposition du judéo-christianisme '. Ces mêmes chrétiens furent , comme nous le constaterons plus tard, immolés en grand nombre par Barchoba dans la violente persécution qu'il souleva contre l'Eglise. Heconuaissons, touto-

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294 ORIGINES DE L'ÉBIONITISME.

fois, que la lumière ne se fit pas également pour tous les esprits. L'existence d'une secte nazaréenne, au second siècle, distincte des ébionites, et traitée avec indulgence par Justin Martyr, nous prouve qu'une partie des chrétiens de Palestine, sans rompre avec l'Eglise, conserva un attachement exagéré pour les anciennes formes'? On ne pouvait leur reprocher aucune erreur doctrinale ; ils ne formulaient pas leurs idées, mais ils se refusaient à rejeter complètement le joug mosaïque, même après que Dieu l'avait brisé lui-même. L'Eglise de Jérusalem avait dans son sein des hommes violents et fanatiques qui avaient commencé, dès avant le siège de la ville sainte, à abandonner l'Eglise. Ceuxci, bien loin d'avoir été éclairés par l'événement, s'étaient exaltés dans leurs idées judaïques. Autrefois, on pouvait croire qu'ils se rattachaient à l'ancien culte plutôt par position que par conviction ; mais, depuis l'an 70, ils avaient substitué à un judaïsme de transition un judaïsme de conviction et de parti pris. Aussi devaient-ils s'éloigner toujours plus de la doctrine apostolique, et, en se combinant avec les sectes juives, surtout avec l'essénisme, se constituer en hérésie franche et avouée. C'est donc à cette époque qu'il faut placer les obscures origines de l'ébionitisme, bien que le nom ait une date postérieure.

1 Justin, Dial, cv.m Tryph., c. XLVII.

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