‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 493 sur 613 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SAINT JKAN \PÔTRE ET PROPlIÈTt

.!;i I. — Vie de saint Jean ■*.

Tandis que saint Pierre a joué le rôle principal dans la première période de l'âge apostolique, et saint Paul dans la seconde, ce n'est qu'à la troisième que saint Jean exerce une influence prépondérante. La nature môme de son caractère et ses dons particuliers expliquent cette date tardive de son apostolat elTectif. Ame profonde et mystique, il n'avait ni l'élan impétueux de saint Pierre, ni l'activité infatigable de saint Paul. Il avait saisi le christianisme par son côté le plus intérieur et pénétré le fond de la pensée du Christ, ou, pour mieux dire, il avait lu dans son cœur. Sa vocation était de conserver les joyaux les plus précieux du trésor des révélations et de produire à la lumière ce que l'Evangile a de plus sublime et de plus tendre à la fois. Pour remplir

* Voir l'excellente Introduction de Lucke à son Commentaire sur le quatrième évangile. Bonn, 1840. — Voir aussi l'Introduclion du Commentaire de Tholuck sur le même évangile et la partie qui concerne saint Jean dans les ouvrages déjà cités. Nous citerons encore une admirable caractéristique de saint Jean dans le serrnon d'Adolphe Monod, sur la Parole vivante. Paris, 1858.

29f) INFLUENCE TARDIVE DE SAINT JEAN.

utilement cette mission, il devait attendre que l'Eglise fût mûre pour un si haut enseignement. Il fallait que les premières luttes qui l'avaient divisée fussent apaisées. De même que le prophète n'a entendu le son douv et subtil qui était la voix de Dieu qu'après la voix de la tempête et les éclats de la foudre, l'apôtre des souveraines charités ne pouvait parler que lorsque le calme aurait succédé au violent orage soulevé par la polémique de saint Paul. Son œuvre n'a pas été plus importante ni marquée d'un sceau plus divin que celle du grand controversiste du siècle apostolique; elle lui est étroitement liée, elle en est la conséquence naturelle, car la révélation de l'amour ne pouvait être complète que quand le judéo-christianisme aurait été définitivement vaincu, et qu'avec lui seraient tombées les étroites barrières dans lesquelles il voulait enfermer les grâces de Dieu. Cela est si vrai que saint Paul a lui même entonné l'hymne de la charité, et commencé ainsi l'œuvre de saint Jean. Le premier a semé avec larmes, le second a moissonné avec chant de triomphe. L'un a combattu jusqu'au sang, l'autre a recueilli pour l'Eglise le prix du combat. Cette différence de rôle se révèle dans la diversité des méthodes employées par l'un et par l'autre pour établir la vérité dont ils étaient les organes. Tandis que saint Paul manie l'arme de guerre dans sa dialectique irrésistible et passionnée, saint Jean se contente d'exposer le dogme. Il ne discute pas, il affirme. On voit qu'il a été conduit à la possession de la vérité par un autre chemin que saint Paul, par celui de l'intuition, de la vue immédiate. Son langage a la sérénité

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