‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église ChrétienneChapitre 495 sur 613 · VI K DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

VI K DE SAINT JEAN

saint Jean n'était rien moins qu'une doctrine abstraite; c'était la personne même de Jésus-Christ qui l'incarnait à ses yeux. Il est demeuré le disciple bien-aimé du Maître, le disciple de son intimité, de sa plus tendre affection, et l'Eglise l'a toujours vu dans l'attitude où les évangiles nous le montrent à la dernière Pàque, couché sur son sein. C'est grâce à cet amour si tendre et si grand qu'il a pu remplir sa mission de conciliation et fondre toutes les apparentes contradictions du siècle apostolique dans la riche synthèse de sa doctrine. Cherchons maintenant comment il avait été préparé à cette glorieuse vocation.

Jean était le fils deZébédée, pêcheur du lac de Génésareth, demeurant à Bethsaïda*. Il n'est pas prouvé qu'il fut dans la pauvreté, comme le prétendait Chrysostome, car son père avait des hommes à ses gages - ; sa mère était au nombre des femmes qui soutenaient Jésus-Christ de leurs biens', et lui même possédait une maison''. Quoi qu'il en soit, il n'en était pas moins né dans l'obscurité et la médiocrité. Peut-être, comme l'ont pensé quelques commentateurs, dut-il ses premières impressions religieuses à sa mère, qui s'attacha promptement aux pas du Sauveur. Jean fut, avec Pierre, disciple du précurseur; la prédication de Jean-Baptiste répondait aux besoins de son cœur, tout pénétré de la grande espérance d'Israël. Nous avons déjà rapporté, à l'occasion de la vocation de Pierre, les circonstances dans lesquelles cet apôtre et Jean furent ap-

1 Matth. IV, 21; Marc i, 19; Matth., X, 2. — « Marc I, 20. » Luc VIII, 3 ; comp. k Marc XVI, 40. — * Jean XIX, 27.

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pelés par Jésus-Christ*. Ils ne s'attach'èrent pas à lui immédiatement d'une manière définitive ; le Maître laissa mûrir la première impression qu'ils avaient reçue et il ne leur demanda que plus lard de renoncer, pour le suivre, à leur famille et à leurs occupations ordinaires-. Jean paraît avoir été d'une grande jeunesse à cette époque; sa nature profonde et sérieuse le rendait éminemment propre à recevoir l'éducation à laquelle Jésus-Christ soumettait ses disciples, et qui consistait à graver en eux les traits de sa propre image.

Jean fut, comme on le sait, introduit avec Pierre et Jacques d'une manière toute particulière dans l'intimité du Sauveur ^ Ce n'est pas qu'il fût beaucoup plus avancé que les autres disciples dans l'intelligence de sa doctrine. Il partageait encore leurs idées grossières sur le règne terrestre du Messie '' et manifestait même parfois un esprit sectaire ^. Ses imprécations contre les Samaritains révèlent un mélange de passion toute humaine dans son affection pour le Sauveur ^ Mais cette affection était si vraie, si sincère qu'elle devait l'amener à tous les développements de la vie religieuse. Il en donna des preuves irrécusables pendant les jours de la passion de Jésus-Christ". Il le suivit dans la cour du

» Jean I, 37. — « Malth. IV, 18; Marc I, 16; Luc V, 1-21,

« Matth. XVII, 1 ; XXVI, 37. — Lo Nain de Tillemont attribue la préférence de Jésus-Christ pour Jean au fait que ce dernier serait demeuré en ^ dehors des liens du mariage (Mémoires, I, p. 330). On ne peut pousser plus loin l'arbitraire.

* Matth. XV, 20-28. —5 Luc IX, 49, 50. — « Luc IX, 54.

' On a remarqué avec raison que tandis que Pierre était plutôt oiXé- '/p'.CTOç, Jean était surtout çiao'.yjcsjç.

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