JEAN PROPHÈTE
mais qu'il sommeillait simplement au fond de son tombeau ^ Evidemment cette supposition avait pour origine la fausse interprétation des paroles de Jésus-Christ à Pierre sur Jean : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe^?» Peut-être aussi avait-on peine à croire que l'apôtre, dont l'influence était si grande encore, eût disparu de ce monde. On ne se trompait pas tout à fait; car, comme le dit très-bien Lucke, il vit et vivra toujours par ses écrits ^ et l'avenir lui appartient plus encore que le passé.
§ II. — L'Apocalypse.
Avant d'exposer la doctrine de saint Jean sous sa forme la plus complète, telle que nous la trouvons dans l'évangile et dans les épîtres, il nous faut, pour suivre le développement des révélations du Nouveau Testament, caractériser la pensée fondamentale de l'Apocalypse.
Remarquons d'abord que bien loin d'être en opposition avec les autres écrits de saint Jean, ce livre renferme tous les points essentiels de sa théologie, mais à l'état de germes non encore pleinement développés. Rien ne prouve mieux cet accord que la place qui y est faite à la personne de Jésus-Christ. Tout en revient au Sauveur ; il s'appelle le lion de Juda, la racine de David,
1 Au^ustini, Tradatus 124 in Johann.: Le Nain de Tillemont, I, 371.
« Jean XXI, 22.
3 Lucke, ouvr. cité, p, 40. Dans les Ada apocrypha (éclit. Tischendorf, p. 276), il est dit qu'une source d'eau vive jaillit du tombeau de Jean.
31 i UNE MÊME DOCTRINE DANS L'EVANGILE ET L'APOCALYPSE.
expressions qui rappellent son humanité * ; sa divinité n'est pas moins explicitement reconnue ; il est l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin'. Vêtu d'une robe teinte dans le sang, il s'appelle la Parole ou le Yerbe de Dieu, et il est suivi des armées du ciel '. L'Apocalypse est toute remplie de l'idée de la rédemption. Elle se plaît à représenter le Sauveur sous l'image de l'Agneau immolé dont le sang purifie de tout péché*. Les cieux chantent ses louanges. Roi de l'humanité après avoir été sa victime, il a les clefs de l'enfer et de la mort ^ 11 est le divin chef de l'Eglise pour la conduire et la secourir*^. L'Eglise, malgré unsynibolisme judaïque dont il est facile de pénétrer le sens, est nettement distinguée de la synagogue. Elle comprend une multitude « composée d'hommes de toute nation et de toute langue ^ » Elle se compose de tous ceux qui ont lavé leurs vêtements dans le sang de l'Agneau et qui marchent dans le chemin de la sainteté \ L'Apocalypse repose donc sur la même base dogmatique que le quatrième évangile '■'; et s'il est vrai qu'elle a été écrite près de trente ans auparavant, nous en concluons que ce que l'on appelle le système de saint Jean n'a pas été le produit de la spéculation ou de la combinaison d'éléments juifs et helléniques, mais qu'il était formé en
* Apoc. V, 5; XXII, 16. — « Apoc. 1, 17; IF, 8; XXII, 13.
8 KaXeX-za: lo cvc[j.a aÙTOJ ô Xc-fo; tou ôeou. (Apoc. XIX, 13.)
* Apoc. V, 9. — 5 Apoc 1, 18 ; III, 21. — « Apoc. 111, 19. — ' Apoc. V, 9. 8 Apoc. Vil, 14; XX, 11.
» Voir, pour la discussion de cette assertion, la note G à la fin du volume, sur l'Apocalypse. Gomp. Lechlcr, Apost. und nachapost. Zeitalt., 199-201.