RAPPORT KNTRF, L'HOMME ET LE VERBE. LA CHUTE
lin verbe intérieur, émanation du Verbe éternel, qui le rend capable de percevoir les choses divines et de posséder Dieu. Nous voilà élevés bien au-dessus de toute notion dualiste; et on ne saurait concevoir une opposition plus tranchée que celle qui existe entre cette doctrine et celle de Philon. Tandis que Jean admet une harmonie essentielle et véritable entre la nature humaine et la Divinité, le philosophe d'Alexandrie déclare nettement qu'il est impossible à l'homme de s'approcher de Dieu.
Cette harmonie n'a pas été maintenue. Jean reconnaît l'invasion, dans le monde, d'un principe de discorde. La puissance du péché y a été déchaînée. Il n'entre dans aucun développement sur l'origine du mal. Il affirme le fait, et il lui suffit de le constater. Une région ténébreuse s'est formée en opposition à la région lumineuse, éclairée par Dieu. Le diable a eu une grande influence sur l'humanité pour l'entraîner dans le mal. Ce n'est pas qu'il puisse être considéré comme un Ahriman éternel en présence de l'éternel Orrauz; non, le principe lumineux a précédé le principe ténébreux. — Satan lui-mênie est né dans la lumière, car « il n'a pas persévéré dans la vérité ' . » Il est évident que Jean admet pour lui comme pour nous une chute; et qu'en conséquence à l'origine des choses tout était pureté et lumière, comme il convenait à la création du Verbe ^. La cause du mal est toute
» 'Ev ift ilrfiz'.OL où-/ 'ézrr,'/,v/. (Jean VHI, 44.)
* M. Reuss (ouvr. cité, II, 380}, méconnaît la pensée de Jean, quand il nie que le quatrième évanorile nous présente Satan comme un ange déchu. Le passage que nous citons est concluant. Sans doute la chute de Satan n'explique pas la nôtre; ce serait plutôt l'inverse. L'épreuve par laquelle
LE PhCHE; VIOLATION DE LA LOL 333
morale. Le péché, dit Tapôtre, est la violation de la loi\
Il y a uue loi pour la créature. Cette loi, c'est ce que . Jean appelle le commandement ancien et nouveau, le commandement de l'amour fondé sur l'être même de Dieu'*. La créature morale a pour destination de devenir semblable à son Créateur, de se conformer à sa nature. La loi suppose la liberté, car elle fait appel à la volonté. Le péché a donc été uue violation libre de la loi de Dieu. C'est par l'égarement de la liberté qu'il est entré dans riiumanité. La créature a pris parti contre Dieu, c'està-dire qu'elle a rejeté la vie, l'amour et la lumière. Aussi le monde est-il devenu ténébreux, du jour où il s'est tourné contre Dieu. Il est aujourd'hui plongé dans la nuit morale, tous les éléments supérieurs sont étoufles en lui ; la vie extérieure et sensible y prédomine ; la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l'orgueil de la vie l'enveloppent comme une triple chaîne d'obscurité ^ Il est plongé dans le mensonge, parce qu'il s'est rais en opposition avec le bien et l'amour, c'est-à-dire ' avec Dieu et le Verbe. Il a pour prince celui qui est menteur et meurtrier dès le commencement*, et qui, tombé lui-même, a entraîné dans sa chute tous ceux qui, sans aucune contrainte extérieure, ont librement suivi ses suggestions.
Toutefois Jean n'admet pas que cette obscurité qui
l'homme a passé comme être libre se révèle à nous comme une condition indispensable de la liberté pour toutes les créatures morales. 1 'H à;j.xp-:(a £7-:lv •?; àvo[j.(a. (1 Jean III, 4.) » 1 Jean 11, 5-10. - » 1 Jean II, 16, 17. — * Jean ViU, 44.