HO ARISTOPHANE
danl combien rimmauisme s'est assimilé la conscience grecque. Les railleries mordantes d'Aristophane ont contribué à contre-balancer son influence, tout en manifestant à leur manière le triomphe de la religion humaine sur la religion de la nature. Le comique, en effet, résulte du contraste qui existe entre l'homme tel qu'il est en réalité, et l'homme tel qu'il devrait ou pourrait être. Il suppose la liberté ; ôtez la liberté, il n'y a rien de choquant ou de ridicule dan? l'avarice et la lâcheté. Personne ne se moque du lièvre, tandis que tout le monde rit du poltron.
L'ancienne comédie a été portée à sa perfection par Aristophane. Ses conceptions dramatiques sont aussi merveilleuses de hardiesse et d'invention qu'entachées d'un révoltant cynisme. Il unit un fantastique plein d'originalité à la peinture expressive de la réalité. Tantôt il se traîne dans l'obscénité, tantôt il s'élève au lyrisme le plus gracieux et le plus brillant, comme dans les chœurs des Nuées. Aristophane balance la gloire de Sophocle et d'Eschyle. Ni Cratinus, le meilleur représentant de la comédie moyenne ; ni Ménaudre, le père de la comédie nouvelle, ou de la comédie de mœurs et dé caractères, tableau gracieux tracé par un pinceau délicat de la société corrompue où dominaient les courtisanes, n'ont égalé Aristophane en invention et en puissance '.
Un fait d'une haute importance, et qui dénote mieux qu'aucun autre les progrès de la civilisation grecque,
• Voir Ménandie, par Guillaume Guizot.
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est l'avénenieiit de la prose vraiment littéraire. La poésie, procédant avant tout de l'inspiration, est plus impersonnelle que la prose, qui est le langage ferme et nuancé de l'historien, de l'orateur et du philosophe. C'est la langue de l'action. Aussi une belle prose suppose un état social avancé, où la personnalité humaine a vu tous ses droits reconnus. Hérodote avait encore porté le souffle de l'épopée dans la prose. Avec Périclès et Thucydide, elle devint précise, énergique, mais conservant toujours, grâce à l'harmonie de la phrase et à l'enchaînement logique des idées, sa valeur esthétique. Elle rivalise, par sa perfection chez Platon, avec la grande poésie, tandis qu'Isocrate et les sophistes l'énervent et la réduisent à n'être plus qu'une musique de mots destinée à charmer l'oreille. Elle devait plus tard se relever très-haut avec Démosthènes , et faire retentir dans la tribune d'Athènes la grande voix d'un peuple libre repoussant le joug de l'étranger.
Un développement analogues etaitaccomplidansl'art qui, en Grèce plus qu'en aucun autre pays, exprime et résume les diverses phases de la civilisation et les crises de la pensée religieuse ^ .
Informe et grossier pendant la période pélagique, il se borne à élever des temples de bois, qui n'ont ni symétrie, ni élégance. L'artiste n'essayait pas alors de représenter les dieux, qui étaient moins des personnalités distinctes que de vagues personnifications des forces de la nature. On se contentait de quelques signes
' Voir VArchœologie, d'Otfried Muller.
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symboliques destinés à les rappeler comme des pierres taillées à grands coups ou des colonnes plus ou moins ornées. Tels étaient les Hermès antiques auxquels bientôt vinrent s'ajouter d'impurs symboles. L'essor de l'art fut longtemps enchaîné, même après que l'idéal héroï- ([ue eut commencé à briller dans les poésies d'Homère et de ses successeurs immédiats. On tenta bien de représenter la divinité par des images de bois grossièrement taillées, mais on ne réussit pas à donner le mouvement et la vie à ces premières statues. Les pieds n'étaient pas séparés, les yeux étaient marqués par un trait et les mains demeuraient collées contre le corps. Les artistes de cette époque reculée étaient désignés par le nom de Dédales. La peinture des vases sacrés portait le même caractère d'immobilité. Dans la période suivante (580 à 460 avant J.-C), le développement artistique correspond au développement de l'hellénisme. L'architecture déjà sortie de sa barbarie première arrive à une grande perfection dans la construction des temples. Elle exprime par deux genres très- caractérisés le double génie de la Grèce. Tandis que la colonne dorienne s' élevant immédiatement du sol était dépourvue de toute ornementation compliquée dans ses chapiteaux, et exprimait ainsi fidèlement l'esprit mâle et énergique delà racedorienne, la colonne ionienne reposant sur une base, terminant son chapiteau en volutes et multipliant les moulures élégantes, reproduit ce qu'il y a de grâce et de vivacité dans la race ionienne.
Le temple grec, qui n'avait d'abord admis de colonnes (pie dans sa façade, les multiplie à l'intérieur et les dis-